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	<title>Coup de jeune sur la politique</title>
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	<description>Un site des étudiants de Sciences Po Rennes - 2012</description>
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		<title>“Loin des yeux, loin du cœur”</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 19:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quartier]]></category>
		<category><![CDATA[jaouad]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="198" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/loin-300x198.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="loin" title="loin" /></p>La pilule politique est amère pour les jeunes des quartiers. Après les promesses déçues et dans un contexte social difficile, quelles visions de la politique ces jeunes nourrissent-ils ? Un fil rouge relie la plupart d’entre-deux : ils n'y croient pas. Enquête au Blosne, la ZUP-sud de Rennes, entre février et mars 2012.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="198" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/loin-300x198.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="loin" title="loin" /></p><p style="text-align: justify;">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/loin/loin.jpg" title="Vue du sommet d’un immeuble du quartier Italie. Le Blosne au loin, traversée par l’axe reliant la ZUP sud de Rennes." class="thickbox" rel="singlepic162" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-left" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/162__690x_loin.jpg" alt="Vue du sommet d’un immeuble du quartier Italie. Le Blosne au loin, traversée par l’axe reliant la ZUP sud de Rennes." title="Vue du sommet d’un immeuble du quartier Italie. Le Blosne au loin, traversée par l’axe reliant la ZUP sud de Rennes." />
</a>
&laquo;&nbsp;La plupart des gens, ils se font carotte (voler). Et ils sont là et ils font rien, ils vont même pas voter, ils font même pas d&#8217;émeutes. Je vais voter blanc parce que j&#8217;en ai marre que les gens au pouvoir escroquent le peuple, détournent de l&#8217;argent, et parce qu&#8217;ils ne font rien pour le pays, pour que ça aille mieux. Et aussi, je vais voter blanc pour montrer que le droit de voter, je l&#8217;utilise.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Jaouad va avoir 18 ans en avril, juste à temps pour les élections. Dans le vestiaire du gymnase Volclair, au Blosne, où il entraîne les autres boxeurs dans le cadre de son service civique, il gueule contre une classe politique qui ne le représente pas. Le Blosne est un quartier populaire du sud de Rennes : 18 000 habitants, une trentaine de tours, 8 000 logements dont la moitié de logements sociaux, classé ZUP (Zone d&#8217;Urbanisation Prioritaire) depuis 1959 où se côtoient une centaine de nationalités d&#8217;origine différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n&#8217;est pas le seul dans le quartier à penser ça. Immanquablement, c&#8217;est la même rengaine dans la bouche de chaque interlocuteur. La gauche ou la droite, c&#8217;est la même chose : &laquo;&nbsp;La peste ou le choléra&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;l&#8217;UMPS&nbsp;&raquo;. Karim a 23 ans : &laquo;&nbsp;La parole, c&#8217;est facile. Chacun dit sa propre vérité, chacun dit ce qui l&#8217;arrange, assène-t-il. C&#8217;est un cercle vicieux. On tourne en rond, on est des mulets, des moutons.&nbsp;&raquo; Dans le dictionnaire du Blosne, parler mais ne rien faire serait une définition de l&#8217;action politique.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;C&#8217;est toujours la même merde sous la même couche de peinture&nbsp;&raquo; : Mouss, la trentaine, cite le chanteur Akhenaton pour expliquer cette politique de paix sociale : saupoudrer ici et là pour pouvoir dire &laquo;&nbsp;on a fait, c&#8217;est réglé&nbsp;&raquo;. Abdel Malik, trentenaire, travaille avec les jeunes à la Maison de Suède (une des maisons de quartier de la ZUP-sud). Il explique que <a title="Associations : une voix pour les quartiers" href="http://jeunes-et-politique.com/associations-une-voix-pour-les-quartiers/">les associations</a> sont bien utiles à la paix sociale, mais dès qu&#8217;elles font de la politique, formulent des revendications, elles posent problème. C&#8217;est une raison qui empêche l&#8217;émergence de représentants dans lesquels les gens du quartier se reconnaitraient.</p>
<h1>&laquo;&nbsp;Eux ils parlent de la crise, mais nous on est déjà en crise, on s&#8217;en fout&nbsp;&raquo; &#8211; Brahim</h1>
<p style="text-align: justify;">À la Maison de Suède ce vendredi de mars en fin d&#8217;après-midi, l&#8217;accueil est tendu. À notre arrivée, trois jeunes s&#8217;en vont et le dernier, appuyé dans l&#8217;encadrure de la porte, y va franchement : &laquo;&nbsp;Ceux qui votent sont des cons.&nbsp;&raquo; À l&#8217;intérieur, les cinq gars de 25-30 ans qui jouent aux palets répondent sans même lever la tête, dégoûtés : &laquo;&nbsp;C&#8217;est pas ton vote qui va changer les choses&nbsp;&raquo;. Ils sont résignés, et énervés que l&#8217;on vienne les voir juste avant chaque échéance pour les entendre, nous les journalistes ou eux les politiques, sans que rien ne change. D&#8217;ailleurs, à la Maison de Suède, l&#8217;atelier de sensibilisation au vote ne s&#8217;adresse qu&#8217;aux 15-17 ans, comme si les plus vieux étaient déjà hors course.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette idée que la gauche et la droite s&#8217;arrangent entre elles évolue et atteint, chez certains, des niveaux de complots plus ou moins élaborés. Jaouad explique sa conception : &laquo;&nbsp;L&#8217;extrême gauche, les écolos, les gens qui sont près du peuple, c&#8217;est impossible qu&#8217;ils gagnent. Les autres s&#8217;arrangent pour qu&#8217;en finale, ça soit toujours les mêmes&nbsp;&raquo;. D&#8217;autres vont plus loin. Nicolas, 20 ans, titulaire d&#8217;un BTS en négociations commerciales, se définit comme &laquo;&nbsp;citoyen activiste&nbsp;&raquo;. Rhéteur entraîné, il est le plus engagé de ceux que nous avons rencontrés. Membre de nombreux groupes militants, il s&#8217;implique surtout dans We Are Change, où l’on dénonce &laquo;&nbsp;les puissants réseaux comme le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bilderberg" target="_blank">groupe Bilderberg</a>, la Commission Trilatérale, auxquels participent tous nos politiciens&nbsp;&raquo;. Pour lui ces réseaux travaillent &laquo;&nbsp;à la création d&#8217;un nouvel ordre mondial placé sous la bannière de la laïcité et basé sur un processus de domination oligarchique.&nbsp;&raquo; Dans cette logique, même Besancenot est le candidat du Medef.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces forces obscures – les groupes d&#8217;investissement, les &laquo;&nbsp;sionistes&nbsp;&raquo;, les &laquo;&nbsp;carotteurs&nbsp;&raquo; comme les appelle Jaouad – sont tenues pour responsables d&#8217;un destin sur lequel ces jeunes n&#8217;ont que peu de prises. Cette fatalité, pour beaucoup, s&#8217;appelle précarité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/loin/loin2.jpg" title="Sur le parking de la maison de Suède, quartier Fréville, les jeunes courent pour ne pas se faire prendre en photo." class="thickbox" rel="singlepic164" >
	<img class="ngg-singlepic" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/164__690x_loin2.jpg" alt="Sur le parking de la maison de Suède, quartier Fréville, les jeunes courent pour ne pas se faire prendre en photo." title="Sur le parking de la maison de Suède, quartier Fréville, les jeunes courent pour ne pas se faire prendre en photo." />
</a>
</p>
<h1>&laquo;&nbsp;Pour s&#8217;en sortir, on a le foot ou le bâtiment&nbsp;&raquo; &#8211; Ilyès</h1>
<p style="text-align: justify;">Jaouad, depuis tout petit, voulait faire de l&#8217;animation. À 15 ans, après avoir arrêté l&#8217;école, &laquo;&nbsp;la dame qui s&#8217;occupait de l&#8217;orientation&nbsp;&raquo; lui disait &laquo;&nbsp;non, toi c&#8217;est le bâtiment.&nbsp;&raquo; Il l&#8217;a insultée, a claqué la porte et a postulé pour faire son service civique comme animateur au Cercle Paul Bert. Il a été embauché. &laquo;&nbsp;Moi j&#8217;ai la haine contre les gens qui veulent mettre des bâtons dans les roues à d&#8217;autres gens qui veulent réussir.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Ilyès, 19 ans, pointe au chômage. Il s&#8217;exprime d&#8217;une voix douce, avec calme et précaution : &laquo;&nbsp;Je cherche et c&#8217;est vrai, je devrais faire plus. Mais bon, quand tu fais plus, c&#8217;est la même chose.&nbsp;&raquo; Pratiquement tous ses amis sont dans sa situation : sur cinquante, seuls cinq sont à la fac. Brahim, par exemple, a cherché du travail pendant trois ans, allant jusqu’à s’inscrire dans onze boites d’intérim en même temps. Démoralisé, il a abandonné: &laquo;&nbsp;Quand tu travailles pas, tu déprimes. Tu fumes des joints pour t&#8217;en foutre. Et puis même pour les contrôles des flics, c&#8217;est mieux d&#8217;avoir du travail.&nbsp;&raquo; C’est seulement quand il a pu se financer une formation qu’il a trouvé un emploi de taxi-ambulancier. Et encore, il explique qu&#8217;il ne doit son embauche qu&#8217;à un &laquo;&nbsp;patron sympa&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;Je savais que ça existait mais je ne pensais pas tomber sur un mec comme ça&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Le quartier du Blosne en chiffres et en images" href="http://jeunes-et-politique.com/le-quartier-du-blosne-en-chiffres-et-en-images/">Entre chômage, RSA, intérim, bas revenus, aides de la Mission locale et du Secours populaire</a>, c&#8217;est pratiquement chaque famille qui est touchée d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre par la précarité – si ce n&#8217;est la pauvreté.</p>
<p style="text-align: justify;">Gilles Képel, sociologue qui a mené une enquête d&#8217;un an sur les habitants de Clichy-Montfermeil, dans la banlieue parisienne, ne dit pas autre chose : &laquo;&nbsp;La référence au travail est porteuse d&#8217;une transformation positive de l&#8217;individu lorsqu&#8217;elle s&#8217;inscrit dans une trajectoire d&#8217;ascension sociale (&#8230;) et permet de se construire à partir de ce que l&#8217;on fait. En revanche, le chômage, la précarité et les &#8216;petits boulots&#8217; sans perspective ne laissent d&#8217;autres alternatives que le repli protecteur sur ce que l&#8217;on est – ou croit être.&nbsp;&raquo;*</p>

<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/loin/loin1.jpg" title="Ilyès sur la gauche et Salah prennent la pose à la sortie du gymnase Volclair" class="thickbox" rel="singlepic163" >
	<img class="ngg-singlepic" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/163__690x_loin1.jpg" alt="Ilyès sur la gauche et Salah prennent la pose à la sortie du gymnase Volclair" title="Ilyès sur la gauche et Salah prennent la pose à la sortie du gymnase Volclair" />
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<h1>&laquo;&nbsp;Il y a toujours l&#8217;image : &#8216;je suis du quartier et je le montre&#8217;&nbsp;&raquo; &#8211; Ferdinand</h1>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;autres facteurs s&#8217;ajoutent et accentuent ce &laquo;&nbsp;repli protecteur&nbsp;&raquo;. D&#8217;abord l&#8217;urbanisme : le quartier du Blosne est organisé en îlots : des immeubles entourant des squares où se retrouvent les habitants. C&#8217;est là que les communautés se rassemblent : plusieurs familles kurdes ici, des familles turques là, des Tchétchènes, des Marocains&#8230; Taïba, jeune femme d&#8217;origine afghane de 19 ans, parle de &laquo;&nbsp;communautarisme&nbsp;&raquo;. Pourtant, plusieurs communautés vivent dans les mêmes îlots. Dans ces microcosmes, la plupart des gens se connaissent, les enfants jouent ensemble au pied des tours. À la différence du centre-ville, l&#8217;anonymat n&#8217;existe pas. Les cercles familiaux et les amis sont autant de réseaux d&#8217;entraide, de solidarité et de pistons.</p>
<p style="text-align: justify;">Ferdinand est animateur au Blosne depuis neuf ans auprès des jeunes. Il explique : &laquo;&nbsp;Les codes, les règles, le fonctionnement, ils ne peuvent pas les remettre en cause, parce que c&#8217;est leur identité – même des jeunes très doués physiquement et intellectuellement qui pourraient s&#8217;en sortir partout. Il y a toujours l&#8217;image : &#8216;je suis du quartier et je le montre&#8217;. Surtout chez les garçons qui réagissent dans leur fierté, leur orgueil, le rapport de force. On te refuse un stage, un job une fois, ça conduit vite à &#8216;la société est pourrie&#8217;.&nbsp;&raquo; Chômage et précarité, solidarités, urbanisme et religion, autant d&#8217;éléments structurels qui viennent renforcer une culture de quartier.</p>
<p style="text-align: justify;">Une frontière davantage symbolique que géographique – trois arrêts de la ligne de métro passent par la ZUP-sud – sépare le Blosne du reste de la ville. Lorsqu&#8217;elles se rencontrent, les identités collectives doivent se réajuster, mais ces échanges sont déséquilibrés. Les jeunes pointent du doigt le double effort que l’on attend d&#8217;eux, à la fois pour s’affranchir de leurs identités et pour s’approprier de nouveaux codes de conduite. Même de jeunes diplômés du quartier &laquo;&nbsp;restent sur le carreau&nbsp;&raquo; ajoute Abdel Malik, l’un des responsables de la maison de quartier. Il met en cause les discriminations.</p>
<h1 style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;On a le dos large&nbsp;&raquo; &#8211; Jaouad</h1>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Il faut qu&#8217;ils arrêtent de se foutre de nous et qu&#8217;ils nous mettent dans la société. Nous, c&#8217;est les Français d&#8217;origine maghrébine. Quand tu sors du Blosne, à la campagne, tu te balades mais voilà, les gens te regardent bizarrement&nbsp;&raquo;. Dans les gradins de la salle de boxe, Ilyès s&#8217;agace à propos de la question des discriminations au faciès.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus tard, en face du gymnase, Brahim suit des yeux chaque voiture qui passe, comme s&#8217;il s&#8217;attendait à voir quelqu&#8217;un qu&#8217;il connaît. &laquo;&nbsp;Si je devais voter, ce serait pour une personne qui rassemble les gens, parce que des fois, les hommes politiques poussent à la ratonnade&nbsp;&raquo;. Le vocabulaire employé fait référence à celui utilisé lors de la répression des Algériens du 17 octobre 1961, à Paris, et plus largement pendant la guerre d&#8217;Algérie.</p>
<p style="text-align: justify;">Or chaque personne rencontrée était musulmane, pratiquante ou non. Et dans le quartier, l&#8217;islam joue le rôle d&#8217;un dénominateur commun. Nicolas, le &laquo;&nbsp;citoyen activiste&nbsp;&raquo;, a délaissé le christianisme pour se convertir il y a un an : &laquo;&nbsp;Avec l&#8217;islam, je n&#8217;ai pas besoin de police, je suis mon propre flic&nbsp;&raquo;. Cette &laquo;&nbsp;religion de la dignité&nbsp;&raquo;, comme il la nomme, joue un rôle de cadre dans la vie des gens, au- delà des racines culturelles de ses habitants.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais à travers toutes ces discriminations qui reposent sur des identités apparentes (le faciès, la religion, les vêtements, la façon de parler, la masculinité), ce qui est discriminé, c&#8217;est ce qui les rassemble tous : &laquo;&nbsp;On est des familles pauvres, s&#8217;exclame Jaouad, on ne vit pas dans une maison, on ne roule pas en Porsche Cayenne. On est des personnes normales. Ils disent que le problème vient de nous, alors que ça vient d&#8217;eux. On met tout sur notre dos. Les gens des quartiers, les gens des familles peu aisées, ils ont le dos large.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">À cette stigmatisation, beaucoup opposent un refus de la victimisation. Brahim n&#8217;aime pas écouter les rappeurs qui passent sur Skyrock parce qu&#8217;ils se lamentent trop. Il estime que l&#8217;obstacle n’est pas infranchissable, le système pas toujours inique et que chacun doit assumer sa part de responsabilité. Avec la gauche des années 1980 au pouvoir en France, les jeunes des quartiers défavorisés étaient déresponsabilisés, &laquo;&nbsp;comme si les gens acceptaient qu&#8217;on fasse des conneries, parce que c&#8217;était la fatalité&nbsp;&raquo;. Pour Brahim, ça créait un effet de défiance, les jeunes étaient infantilisés.</p>
<h1>&laquo;&nbsp;Autour de moi, les femmes votent et les mecs ne votent pas&nbsp;&raquo; &#8211; Maëva</h1>
<p style="text-align: justify;">Difficile de rencontrer des jeunes femmes de 18-25 ans dans les lieux habituels où se réunissent les jeunes. &laquo;&nbsp;C’est normal, se moquent gentiment certains hommes, conscients du cliché, elles font du shopping en centre-ville&nbsp;&raquo;. Bon, le shopping pour les filles et le foot pour les garçons. Yeliz, 20 ans, d&#8217;origine kurde, soutient pour sa part que les filles étudient plus et plus longtemps que les garçons, &laquo;&nbsp;seul moyen pour s&#8217;en sortir&nbsp;&raquo;. Les garçons, eux, arrêteraient l&#8217;école plus tôt pour travailler.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais dire que les femmes sont davantage studieuses ne suffit pas à expliquer cette présence plus discrète dans l&#8217;espace public : &laquo;&nbsp;Vous pouvez les voir, mais pas dans le quartier, vous n&#8217;êtes pas assez vieux pour ça. Si son frère la voit vous parler, il va croire que vous la draguez&nbsp;&raquo;, explique Mouss. Le rapport homme/femme, spécialement à 20 ans, est fortement marqué de paternalisme. Ferdinand précise : &laquo;&nbsp;Le grand frère se met dans le rôle du protecteur, on protège par la force contre les autres, car le monde est mauvais, donc on se positionne contre le reste du monde.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Le sociologue Didier Lapeyronnie avance une hypothèse : &laquo;&nbsp;Aujourd&#8217;hui en France, la féminité permet d&#8217;échapper au racisme, au moins en partie. Lorsqu&#8217;on interroge les filles, elles disent souvent : &#8216;Avec une minijupe et les cheveux lisses, je rentre partout.&#8217; De leur côté, les garçons nous racontent que les filles peuvent entrer en boîte de nuit mais pas eux. Cette expérience se traduit par un profond sentiment d&#8217;humiliation pour les hommes qui perçoivent l&#8217;émancipation des femmes comme une démonstration supplémentaire de leur relégation.&nbsp;&raquo;**</p>
<p style="text-align: justify;">Cet aspect joue probablement un rôle dans la vision que les jeunes femmes ont de la politique. Peut- être moins en opposition, peut-être plus modérées. Parce que leur rapport à la société serait moins conflictuel, parce que sortir du quartier leur permettrait aussi d&#8217;échapper à un contrôle social parfois contraignant. Cette différence entre filles et garçons, Maëva la ressent dans son entourage sur un sujet bien précis : le vote. &laquo;&nbsp;Autour de moi, les femmes votent, et les mecs ne votent pas, même dans ma famille, c&#8217;est divisé comme ça.&nbsp;&raquo; Pourtant elle n’ira pas voter : pas parce qu&#8217;elle ne veut pas, mais à cause d&#8217;un changement d&#8217;adresse qui n&#8217;a pas été effectué.</p>
<p style="text-align: justify;">Maëva a arrêté l&#8217;école en CM2 &laquo;&nbsp;à cause de la vie de quartier, l&#8217;influence des gens&nbsp;&raquo;, le manque de cadres. Un peu écorchée vive, souriante, elle enchaîne les phrases, pressée par son emploi du temps. Aujourd&#8217;hui, elle veut être éducatrice pour enfants afin d&#8217;encadrer les jeunes de son quartier. Pour ça, contrairement à ce que promettent les politiques, ceux-là mêmes qu&#8217;elle qualifie de &laquo;&nbsp;pourris&nbsp;&raquo;, elle ne croit qu&#8217;au travail de terrain.</p>
<p style="text-align: justify;">Si ses amis de la fac l&#8217;ont finalement persuadée d&#8217;aller voter, Taïba, 19 ans, d&#8217;origine afghane, n&#8217;était pas non plus convaincue. Son père lui disait : &laquo;&nbsp;Il faut s&#8217;éloigner de la politique&nbsp;&raquo;, et elle ne comptait pas se rendre aux urnes. Les jeunes femmes sont peut-être moins en rupture avec la politique que les jeunes hommes, mais elles n&#8217;y croient pas davantage pour autant.</p>
<h1>&laquo;&nbsp;Avec leurs banderoles, qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils vont faire eux ? &nbsp;&raquo; &#8211; Jaouad</h1>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;C&#8217;est le désespoir&nbsp;&raquo;, dit Mouss, assis au bureau de la Maison de Suède. La résignation est ce qui réunit à peu de chose près tous nos interlocuteurs. Le nom de Mélenchon est revenu souvent. Celui de Marine Le Pen également, pour les valeurs traditionnelles et l&#8217;anti-mondialisme. Mais, plus encore, ils répondent &laquo;&nbsp;Je ne vote pas, ça ne m&#8217;intéresse pas&nbsp;&raquo;. Entre eux et la politique, il y a une distance. Parce que ce n&#8217;est pas la priorité. La priorité, c&#8217;est l&#8217;emploi, payer les factures. Parce que la politique leur a fait trop de promesses et qu&#8217;ils n&#8217;attendent plus rien d&#8217;elle. Et parce qu&#8217;enfin, la démocratie représentative ne les représente pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Karim incarne la politisation dans le désengagement : il a la nationalité française, a travaillé à l&#8217;usine chez PSA, connaît sur le bout des doigts les figures politiques, parle de Gainsbourg et Brassens comme de &laquo;&nbsp;la vraie chanson engagée&nbsp;&raquo;, mais pourtant, voter ne lui est &laquo;&nbsp;jamais venu à l&#8217;esprit&nbsp;&raquo;. Chez lui, on parle plus de politique algérienne. &laquo;&nbsp;On est là sans être là&nbsp;&raquo;. Il évoque un retour en Algérie qui, dans la plupart des cas, ne se réalise jamais vraiment. Ne pas voter constitue peut- être une façon de rester fidèle à ce discours, à cet héritage familial, mais surtout, aller voter ne changera rien à au constat général : &laquo;&nbsp;On subit&nbsp;&raquo;. Karim ajoute dans la foulée : &laquo;&nbsp;Il faudrait un printemps arabe, pour que tout le monde se lève&nbsp;&raquo;. Yanis, 24 ans, en BTS commercial, emploie les mêmes mots. Pour lui, les émeutes de 2005, 2007 et 2010 étaient &laquo;&nbsp;de la contestation sociale&nbsp;&raquo;, donc politiques.***</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Tous les jours, tu vois à la télé des gens qui sont là avec leurs banderoles. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils vont faire eux ? Il n&#8217;y a que la violence qui fait bouger les choses.&nbsp;&raquo; Pour son premier scrutin Jaouad votera, &laquo;&nbsp;pour prévenir la classe politique&nbsp;&raquo;, laissant planer la menace, si rien ne change dans les quartiers populaires, d&#8217;un dernier recours.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Florentin Cassonnet et Paul Barlet</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>ps : Le titre fait référence à une chanson du groupe La Rumeur, <em>Là où poussent mes racines</em>.</p>
<div></div>
<p>*<em>Banlieue de la République</em>, Gilles Képel, 2011</p>
<div>
<p>**<em>Dans la loi du Ghetto</em>, Luc Bronner</p>
</div>
<p>***Si parmi les sociologues, le sens à donner aux émeutes ne fait pas consensus, différents facteurs ont été avancés : le processus de vulnérabilité de masse, les discriminations ethniques à l&#8217;embauche et l&#8217;incapacité d&#8217;une population pauvre et marginale à accéder au système politique. Stéphane Beaud et Michel Pialoux, <em>Violences urbaines, violences sociales. Génèse des nouvelles classes dangereuses</em>, 2003 ; Didier Fassin et Éric Fassin, <em>De la question sociale à la question raciale ?,</em> 2006 ; Didier Lapeyronnie, <em>Révolte primitive dans les banlieues françaises – Essai sur les émeutes de l&#8217;automne 2005</em>, 2006</p>
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		<title>À l&#8217;ombre des extrêmes</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 18:00:31 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[ombre]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="102" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/ombre-extremes-300x102.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="ombre-extremes" title="ombre-extremes" /></p>À Rennes, les militants d'extrême gauche taxent Égalité et Réconciliation d'association d'extrême droite. Mais ses membres souhaitent quant à eux mettre en avant la pluralité de leurs profils. Se défendant de tout lien avec le Front national, ils fustigent l'état actuel de la démocratie et critiquent la logique des partis. Nous en avons rencontré une dizaine, dans un café qu'ils ont l'habitude de fréquenter.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="102" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/ombre-extremes-300x102.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="ombre-extremes" title="ombre-extremes" /></p><p align="JUSTIFY">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/ombre/ombre.jpg" title="Logo d'Égalité &amp; Réconciliation" class="thickbox" rel="singlepic205" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-left" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/205__690x_ombre.jpg" alt="Logo d'Égalité & Réconciliation" title="Logo d'Égalité & Réconciliation" />
</a>
&laquo;&nbsp;Les partis, c&#8217;est du spectacle !&nbsp;&raquo; Guytan qui, à 27 ans, coordonne la section Bretagne, ne se reconnaît pas dans la démocratie actuelle. Se faisant le porte-voix d&#8217;une partie des membres d&#8217;Égalité et Réconciliation (É&amp;R), il dénonce une bipolarisation de la vie politique. Assis autour d&#8217;une table au Fleurte Café, un bar situé près de la fac de droit où ils ont l&#8217;habitude de se réunir, tous sont d&#8217;accord pour déclarer que &laquo;&nbsp;gauche et droite, ça ne veut plus rien dire&nbsp;&raquo;. Qu&#8217;ils l&#8217;affirment sur un ton moqueur ou incisif, qu&#8217;il s&#8217;agisse du NPA ou de l&#8217;UMP, chaque parti en prend pour son grade. Leur revendication à eux, c&#8217;est la &laquo;&nbsp;réconciliation nationale&nbsp;&raquo;. Dans l&#8217;optique de dépasser les clivages partisans, ethniques ou religieux, Égalité et Réconciliation se veut être une association qui rassemblerait plus de 800 &laquo;&nbsp;patriotes&nbsp;&raquo; en France.</p>
<p align="JUSTIFY">Mais si ses membres refusent les étiquettes politiques, certains ne manquent pas d&#8217;en créer pour eux. Perçue comme une association d&#8217;extrême droite par <a href="http://www.antifabzh.lautre.net/roazhon/?p=523" target="_blank">le collectif antifasciste rennais</a>, Égalité et Réconciliation a du mal à trouver sa place dans une ville comme Rennes, connue pour sa modération politique. Le 25 mai 2011, une <a href="http://www.rennes.lemensuel.com/actualite/article/2011/05/23/extreme-gauche-vs-extreme-droite-letrange-echauffouree-8916.html">altercation</a> violente opposait ses membres à des militants d&#8217;extrême gauche, devant ce même café où nous les avons rencontrés. Les opposants à É&amp;R protestaient alors contre la venue de l&#8217;écrivain Laurent James, mais le face-à-face a vite dégénéré. Il s&#8217;est soldé par l&#8217;intervention des patrons du bar, munis de flashballs. En conséquence, les deux gérants ont récemment fait l&#8217;objet d&#8217;un procès, pour emploi illégal de matériel policier. Depuis, les forces de l&#8217;ordre leur ont vivement conseillé de ne plus accueillir les réunions d&#8217;É&amp;R. Preuve en est que les membres de l&#8217;association sont loin d&#8217;être les bienvenus à Rennes. Lors de nos entretiens, aucun n&#8217;a d&#8217;ailleurs souhaité être pris en photo, &laquo;&nbsp;par sécurité&nbsp;&raquo;. Quant à leur porte-parole, Guytan, il se présente toujours sous ce pseudonyme, jamais sous son vrai nom.</p>
<p align="JUSTIFY">Bien qu&#8217;ils se fassent volontairement discrets, les membres d&#8217;É&amp;R estiment n&#8217;avoir rien à se reprocher. Pour Kévin, 31 ans, la comparaison avec l&#8217;extrême droite tiendrait au seul fait qu&#8217;Alain Soral ait été adhérent au Front National. Depuis que ce dernier a créé Égalité et Réconciliation en 2007, c&#8217;est sous sa coupe que l&#8217;identité du mouvement s&#8217;est cristallisée. L’essayiste à la réputation sulfureuse a été militant du Parti communiste dans les années 1990, pour finalement se ranger derrière Jean-Marie Le Pen, en 2005. Deux années plus tard, il devient membre du comité central du Front National, mais quitte le parti en 2009. Depuis, il collectionne les casquettes. Soutenu par Dieudonné, avec qui il se lie d&#8217;amitié, Soral présente une liste antisioniste aux élections européennes de 2009. Tantôt journaliste pour le bimensuel patriote Flash, tantôt écrivain et essayiste, il enchaîne les publications, sur papier comme sur la toile. En 2011, il publie l&#8217;une de ses œuvres phares, dont les fondements idéologiques sont largement repris par les membres d&#8217;É&amp;R : Comprendre l&#8217;empire, demain la gouvernance globale ou la révolte des Nations ?</p>
<p align="JUSTIFY">Aujourd&#8217;hui instructeur de boxe anglaise, il continue à railler les politiques à travers les nombreuses vidéos qu&#8217;il publie sur le web. Des vidéos qui attirent chaque jour un peu plus de sympathisants.</p>
<h1 align="JUSTIFY">Des profils différents, voire opposés</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>La majorité des membres d&#8217;É&amp;R admettent ainsi que c&#8217;est avant tout le discours et la personnalité de ce maître à penser qui ont retenu leur attention. Kévin a adhéré à l&#8217;association il y a deux ans, après avoir lu un article d&#8217;Alain Soral, puis regardé ses vidéos. &laquo;&nbsp;Tout ce qu&#8217;il dit ou fait ne me plaît pas, mais il m&#8217;a permis de mettre un fil conducteur à mes idées&nbsp;&raquo;, explique-t-il. À l&#8217;image du parcours de Soral, les jeunes d&#8217;É&amp;R sont tous passés par des expérimentations politiques diverses, voire opposées.</p>
<p align="JUSTIFY">Éduqué par un père de la droite gaulliste, &laquo;&nbsp;mais pas pour autant anti-communiste&nbsp;&raquo;, Kévin estime avoir &laquo;&nbsp;toujours eu une conscience politique&nbsp;&raquo;. Alors qu&#8217;il ne s&#8217;était jamais retrouvé dans aucun parti auparavant, il a récemment adhéré à L&#8217;Union populaire républicaine de François Asselineau. Actuellement inspecteur général des finances publiques, ce gaulliste et ancien proche de Charles Pasqua prône la sortie de l&#8217;Union européenne, &laquo;&nbsp;pour rétablir la démocratie en France&nbsp;&raquo;. Kévin aurait voté pour lui s&#8217;il avait eu ses 500 signatures, mais il optera finalement pour Dupont-Aignan. Bien qu&#8217;il ne soit membre d&#8217;aucun parti, après avoir été déçu par l&#8217;UMP, Guytan l&#8217;admet lui aussi : &laquo;&nbsp;Il n&#8217;y a rien à jeter chez Dupont-Aignan.&nbsp;&raquo;</p>
<h1 align="JUSTIFY">“Le FN est le meilleur animal politique“</h1>
<p style="text-align: justify;" lang=""><strong></strong>Si l&#8217;attrait de plusieurs membres d&#8217;É&amp;R pour Debout la République semble évident, tout devient beaucoup plus flou dès que l&#8217;on évoque l&#8217;extrême droite. &laquo;&nbsp;Ah, le Front national, c&#8217;est compliqué&#8230;&nbsp;&raquo;, souffle Cyril, qui a été membre du Syndicat Force Ouvrière pendant onze ans, puis s&#8217;est tourné vers le Parti Ouvrier Indépendant, avant de rencontrer Guytan. À 22 ans, Jean-Christophe est étudiant en sciences politiques à la fac de droit. Il affirme qu&#8217;aucun parti ne représente ses idées et ne sait pas encore pour qui il va voter. Pour lui, &laquo;&nbsp;É&amp;R appartient à une mouvance qui défend une certaine forme de nationalisme, et ça, c&#8217;est affilié à l&#8217;extrême droite. Mais les gens confondent radicalité et extrémisme. On n&#8217;est pas extrémistes.&nbsp;&raquo; Pourtant, Rémy, 28 ans, qui ne cache pas son admiration pour Jean-Marie Le Pen, confie qu&#8217;il va voter pour le Front national. Finalement, tous s&#8217;accordent à dire que &laquo;&nbsp;le FN est le meilleur animal politique&nbsp;&raquo;. Autrement dit, le seul parti nationaliste qui aurait suffisamment de poids pour porter leurs revendications dans les sphères de pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;" align="JUSTIFY">Pour <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stéphane_François">Stéphane François</a>, politologue spécialiste des droites radicales qui a étudié cette association, leurs logiques de vote sont le signe &laquo;&nbsp;d&#8217;au moins une cohérence&nbsp;&raquo; : &laquo;&nbsp;Ils votent pour des souverainistes&nbsp;&raquo;, observe-t-il. Le patriotisme, le nationalisme, la critique du libéralisme économique et la volonté de créer une &laquo;&nbsp;Europe des Nations&nbsp;&raquo; sont ainsi des termes qui reviennent régulièrement dans leurs discours.</p>
<p style="text-align: justify;" align="JUSTIFY">Face à cette diversité de profils, il semble difficile de faire émerger une véritable identité commune, représentative de l&#8217;association. Aux yeux de Stéphane François, il s&#8217;agit là de &laquo;&nbsp;l&#8217;aspect le plus intéressant d&#8217;Égalité et Réconciliation&nbsp;&raquo;. Cette ambiguïté n&#8217;est selon lui pas entretenue par hasard : &laquo;&nbsp;Il s&#8217;agit d&#8217;attirer des jeunes aux profils variés, qui serviront de vivier de recrutement pour le FN.&nbsp;&raquo; Et cela se retrouve dans le choix de leur slogan – &laquo;&nbsp;Gauche du travail, droite des valeurs&nbsp;&raquo; – qui aurait également pour but d&#8217;attirer des jeunes de toutes sensibilités politiques. &laquo;&nbsp;C&#8217;est très bien travaillé pour recruter, ça fait partie d&#8217;une stratégie&nbsp;&raquo;, analyse le politologue.</p>
<p style="text-align: justify;" align="JUSTIFY">D&#8217;ailleurs, les explications des jeunes d&#8217;É&amp;R restent floues sur cette &laquo;&nbsp;droite des valeurs&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Ce sont les valeurs traditionnelles de l&#8217;honneur, de la parole donnée, du respect, de la camaraderie et de la justice&nbsp;&raquo;, finit par répondre Guytan. La gauche qu&#8217;ils défendent est quant à elle essentiellement inspirée du marxisme et favorise le travail.</p>
<h1 align="JUSTIFY">“É&amp;R, c&#8217;est d&#8217;abord la maîtrise de son corps et de son esprit“</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Malgré cette définition assez large de l&#8217;idéologie d&#8217;Égalité et Réconciliation, Guytan assure opérer une sélection à l&#8217;entrée de l&#8217;association. &laquo;&nbsp;À É&amp;R, on est exigeants, on choisit les gens&nbsp;&raquo;, défend-il. Ainsi, pas question d&#8217;accueillir des personnes qui n&#8217;ont pas un minimum de culture politique, qui ne savent pas ce qu&#8217;ils veulent. Si l&#8217;on s&#8217;en tient à leurs témoignages, tous répondent à un certain nombre de critères, que l&#8217;on pourrait associer au proverbe latin &laquo;&nbsp;Mens sana in corpore sano&nbsp;&raquo; (Un esprit sain dans un corps sain). C&#8217;est avant tout par l&#8217;apprentissage de valeurs et d&#8217;un certain mode de vie que les membres de l&#8217;association se distinguent. &laquo;&nbsp;É&amp;R, c&#8217;est d&#8217;abord la maîtrise de son corps et de son esprit, décrit Guytan, c&#8217;est toujours intellectuel et physique.&nbsp;&raquo; Pour Stéphane François, ce &laquo;&nbsp;culte du corps&nbsp;&raquo; relève bel et bien d&#8217;un &laquo;&nbsp;système de valeurs d&#8217;extrême-droite&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Cela fait partie d&#8217;un certain imaginaire&nbsp;&raquo;, ajoute-t-il. Nombreux sont d&#8217;ailleurs ceux, à É&amp;R, qui s&#8217;adonnent à une pratique sportive régulière, se tournant notamment vers les arts martiaux.</p>
<p align="JUSTIFY">Lorsque Ludovic, trente ans, décrit les apports d&#8217;un tel engagement, il est davantage question d&#8217;apprentissage personnel que de politique : &laquo;&nbsp;C&#8217;est l&#8217;autonomie sur le corps, le sport, la voile, la découverte de différentes cultures&#8230; En un an, j&#8217;ai vraiment beaucoup progressé.&nbsp;&raquo; Plusieurs fois dans l’année, le groupe organise des week-ends à la campagne, histoire de vivre à la dure pendant quelques jours.</p>
<p align="JUSTIFY">Le plus important aux yeux de ces jeunes serait donc d&#8217;adopter une certaine hygiène de vie : manger sain, savoir bien s&#8217;entourer, lire les bons livres et faire du sport sont leurs principales lignes de conduite. Ils font sans cesse l&#8217;éloge d&#8217;œuvres vantant la nature et les grands espaces, comme celles de Jack London.</p>
<h1 align="JUSTIFY">“Ce sont des nationalistes révolutionnaires“</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Malgré la diversité de leurs parcours, tous ont un point commun,<strong> </strong>d&#8217;après Stéphane François : &laquo;&nbsp;Ce sont des nationalistes révolutionnaires.&nbsp;&raquo; Un deuxième aspect mériterait également notre attention : &laquo;&nbsp;Ils ont une fascination pour l&#8217;Islam, pour son aspect antimoderne et viril, qui vient clairement d&#8217;en haut&nbsp;&raquo;, décrit le politologue. Marc George, ancien bras droit d&#8217;Alain Soral, et ancien membre du FN, a lui-même affiché sa conversion il y a quelques mois.</p>
<p align="JUSTIFY">La religion et la spiritualité occupent une place primordiale dans la vie de certains. &laquo;&nbsp;J&#8217;ai rencontré des camarades musulmans qui avaient les réponses à mes questions à É&amp;R&nbsp;&raquo;, confie Jean-Marie, anciennement catholique, qui s&#8217;est récemment converti à l&#8217;Islam. Ludovic, de son côté, est musulman depuis dix ans et vient de créer &laquo;&nbsp;un club de musulmans patriotes&nbsp;&raquo;, nommé Fils de France. Pour son lancement, ce dernier a d&#8217;ailleurs bénéficié de la venue de Nicolas Dupont-Aignant, ou encore de Robert Ménard, fondateur de Reporters sans frontières, connu notamment pour ses prises de position en faveur de Dieudonné, et dont l&#8217;ouvrage <em>Vive Le Pen !</em> avait suscité la polémique en 2011.</p>
<p align="JUSTIFY">Ces profils diversifiés sont-ils gages d&#8217;une ouverture culturelle ou une manière détournée de se défendre de tout lien avec l&#8217;extrême-droite ? Toujours est-il que les arguments de Ludovic, comme ceux de ses camarades, sont bien rodés : &laquo;&nbsp;Mon arrière-grand-père est juif, il a fait Auschwitz, ma femme est voilée, donc les mecs qui me traitent de fasciste&#8230;&nbsp;&raquo; Là encore, les spécialistes se rejoignent pour affirmer qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une stratégie. &laquo;&nbsp;Alain Soral essaye d&#8217;établir des passerelles entre les nationalistes et les jeunes musulmans&nbsp;&raquo;, analyse <a href="http://www.u-paris10.fr/47985405/0/fiche___pagelibre/&amp;RH=1259157399932">Sylvain Crépon</a>, spécialiste de l&#8217;extrême-droite, avant d&#8217;ajouter : &laquo;&nbsp;Ils sont obsédés par la virilité. Leur mouvement est très masculin.&nbsp;&raquo; Aucune femme ne nous a d&#8217;ailleurs été présentée. Et pour cause : elles sont très minoritaires, voire quasiment absentes dans l&#8217;association. &laquo;&nbsp;Notre graphiste est une femme&nbsp;&raquo;, défend Guytan. Mais à la minute d&#8217;après, la réalité reprend le dessus : &laquo;&nbsp;Quand on fait des réunions, les femmes sont à la logistique, je mets les pieds sous la table.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;" lang="" align="JUSTIFY"> <strong>Rozenn Le Carboulec et Anaïs Condomines</strong></p>
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		<title>Du manifestant au militant</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 17:00:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
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		<category><![CDATA[militant]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="224" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Du-manifestant-au-militant-300x224.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Du-manifestant-au-militant" title="Du-manifestant-au-militant" /></p>Ils avaient entre 17 et 20 ans lorsque, en 2006, la mobilisation sociale contre le Contrat Première Embauche (CPE) les a bousculés. De la politique, ils ne connaissaient presque rien jusqu’à ce qu’elle s’invite dans les facultés. Au sein des assemblées étudiantes, ils ont redéfini le sens du collectif et de la démocratie qu’ils voulaient. Ce qu’ils n’ont pas tout de suite perçu, c’est l’intensité du changement qui s’opérait en eux, au-delà de la revendication. La mobilisation a façonné leur identité actuelle : des militants continûment engagés dans la lutte.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="224" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Du-manifestant-au-militant-300x224.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Du-manifestant-au-militant" title="Du-manifestant-au-militant" /></p><p align="JUSTIFY">&laquo;&nbsp;<span><span>Depuis le CPE, je n’ai toujours pas validé ma licence de maths. Mes parents pensent que je n’y arrive pas. En fait, c’est parce que je passe mon temps à militer&nbsp;&raquo;</span></span><span><span>, explique Élise, 25 ans. Comme la nomme Sylvain, &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>la génération CPE</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, après s’être mobilisée, s’est syndiquée aux sections étudiantes de Rennes 2 : Sud, la Confédération Nationale du Travail (CNT) et le Syndicat des travailleurs de Bretagne (SLB) semblent les plus fonceurs. </span></span><span><span>&laquo;&nbsp;Pendant le CPE, Sud, SLB et CNT y sont allés direct ! Avec l’UNEF on serait encore à attendre les ordres de Paris !&nbsp;&raquo;</span></span><span><span> commente Kaou, syndiqué au SLB. Quant à l’UNI, réputé de droite, leur local, situé entre celui de Sud et du SLB, a été pris d’assaut durant le CPE. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Quand ça frappait à leur porte, ils osaient à peine ouvrir ! Après le CPE, ils n’ont pas osé revenir&nbsp;&raquo;,</span></span><span><span> se souvient Kaou. Être de gauche, une particularité de Rennes 2 ? Pas du tout. Au premier tour de l’élection présidentielle de 2007, 22% des jeunes non diplômés ont voté Jean-Marie Le Pen, contre seulement 3% des étudiants.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>S’investir dans des syndicats de gauche et d’extrême gauche, une tradition familiale ? Pas forcément. Les parents de Lia qui, dès le collège, lui ont fait un mot d’absence pour participer à une manifestation, apparaissent comme une exception. La réponse mainte fois entendue est celle-ci : &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Dans ma famille,</span></span><span><span>ça ne parle pas trop politique.&nbsp;&raquo;</span></span><span><span> D’ailleurs, il arrive souvent que le grand-père, ayant participé aux mouvements ouvriers, transmette plus que les parents. Dans les familles issues du milieu enseignant ou agricole, on retrouve des logiques syndicales, parfois tues.</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Pendant le CPE, ma mère a répondu à mon père qu’il était bien culotté de m’engueuler. C’est là que j’ai appris que, dans les années 1970, il avait été un gros militant du mouvement des paysans. Je n’avais jamais entendu parler de ça avant, ou peut-être je n’avais pas fait attention&nbsp;&raquo;</span></span><span><span>, dit Kaou.</span></span></p>
<h1 align="JUSTIFY">Parler politique au collège</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Si les sondages révèlent qu’un jeune sur deux a déjà participé à une manifestation, tous les étudiants rencontrés en ont déjà fait l’expérience dès le lycée. Pour la &laquo;&nbsp;génération CPE&nbsp;&raquo;, les manifestations contre Le Pen, lors de son passage au deuxième tour des élections présidentielles de 2002, sont fréquemment citées. À ce moment-là, Céline est en cinquième : &laquo;&nbsp;C’est une image hyper marquante. J’étais chez moi le soir des élections et j’ai vu ma mère pleurer en disant que c’était affreux. Quelques temps après, j’ai fait ma première manif à Brest.&nbsp;&raquo;</p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>La première manifestation ne s’inscrit pas dans la participation à un mouvement collectif, mais le collégien ou le lycéen la perçoit comme un évènement individuel qui l’éveille politiquement. Après sa manifestation contre Le Pen, Céline échange des idées avec son amie de collège : &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Moi, ma famille est plutôt Parti socialiste (PS). La sienne plutôt Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Alors on débattait sur le communisme comme on peut en débattre à 13 ans !</span></span><span><span>&nbsp;&raquo; De son côté, Élise, élevée &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>dans une famille où on ne se parle pas</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, se nourrit ailleurs : &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>J’ai découvert la politique au lycée. Je suis sortie avec un gars qui était un peu politisé. Lui était à la fac et me parlait un peu de parti politique, sans plus. J’avais aussi une copine dont le père est porte-parole de la LCR. Elle se bougeait, moi aussi j’avais envie. Elle m’avait invitée chez elle pour rédiger un tract. </span></span><span><span>&nbsp;&raquo; Lieu d’expérimentation de sociabilités différentes, le lycée ou le collège est un espace social hors de la famille où les autres impriment leurs influences.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>Les professeurs, selon leurs convictions, participent parfois à la conscience politique de leurs élèves. À l’instar de Thibault, certains ont reçu au lycée &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>des petits cours d’éducation civique qui prenaient la forme de débats&nbsp;&raquo;</span></span><span><span>. Son professeur d’histoire-géographie expliquait les idées débattues durant le CPE de façon à ce que ses élèves puissent &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>choisir de participer ou non au CPE en connaissance de cause.&nbsp;&raquo;</span></span></p>
<h1 align="JUSTIFY">De la protestation à la revendication</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Dans le comportement des élèves, la protestation domine. &laquo;&nbsp;Il y avait surtout les trois grandes gueules du lycée&nbsp;&raquo;, se souvient Sylvain qui parle d’ &nbsp;&raquo;activisme spontané&nbsp;&raquo;. Et Thibault, âgé à l’époque de seize ans, de confirmer : &laquo;&nbsp;À ce moment-là, j’étais très binaire. Je pensais pour ou contre.&nbsp;&raquo; Céline, elle, venait depuis son lycée de Fougères en bus jusqu’à Rennes 2. &laquo;&nbsp;J’ai fait l’apprentissage de la démocratie pendant le CPE, parce que je venais à la fac.&nbsp;&raquo; Sur ce point, ils sont tous d’accord : &laquo;&nbsp;C’est à l’université que ça devient cohérent au niveau des idées&nbsp;&raquo;, affirme Sylvain, 23 ans, inscrit à Sud étudiant depuis cinq ans.</p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>La particularité du CPE est probablement de les avoir touchés dans leurs intérêts propres : la perspective du travail au sortir des études. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>J’avais déjà fait des boulots d’été. Je m’étais sentie exploitée. J’avais connu le sentiment de soumission.</span></span><span><span>Je me suis dit que, plus tard, je ne voudrais pas d’un Contrat Première Embauche (CPE) </span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, explique Élise, alors en licence de mathématiques. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>On réfléchissait au monde du travail et à la question du salariat</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, confirme Céline.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/militant/precaires.jpg" title="Les syndiqués de Sud Étudiant ont rassemblé dans un catalogue tous les articles de presse parus au moment du CPE, en 2006." class="thickbox" rel="singlepic133" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-right" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/133__320x240_precaires.jpg" alt="" title="" />
</a>
Les syndiqués de Sud parlent de &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>désillusion par rapport au travail</span></span><span><span>&nbsp;&raquo; et affirment que, suite au CPE, beaucoup se sont orientés vers le Mouvement des Chômeurs et des Précaires en Lutte (MCPL), à l’origine de la Maison de la grève, à Rennes. Ce qui viendrait confirmer ce qu’écrit la sociologue Anne Muxel : &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Le contexte dans lequel les jeunes entrent en politique est déterminant. Ils sont aujourd’hui face à une crise tous azimuts et partagent le sentiment qu’ils auront moins bien que leurs aînés.</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;</span></span></p>
<h1 align="JUSTIFY">Bloqueurs contre anti-bloqueurs</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Cependant, s’ils ont le sentiment d’une injustice et le désir de protester, ils n’ont alors pas tous assez d’autonomie pour contester de front. Surtout ceux qui, enfants, n’ont pas été familiarisés avec le militantisme. &laquo;&nbsp;Le CPE, c’était important mais pas autant que mes cours. Je voulais ma licence et pas autre chose&nbsp;&raquo;, se souvient Elise. L’idée de bloquer l’accès à l’université heurte le respect qu’elle a pour l’autorité et, à l’assemblée générale des étudiants, elle refuse. &laquo;&nbsp;C’était peut-être à cause de l’autorité de ma mère ou pour me faire bien voir. Parce que je pensais que mes parents seraient contre&nbsp;&raquo;, explique-t-elle. Lorsqu’Élise rentre, c’est avec surprise qu’elle entend sa mère lui répondre que les blocages peuvent &laquo;&nbsp;parfois avoir du bon&nbsp;&raquo;. Se sentant soutenue par sa mère, elle se prononce &laquo;&nbsp;pour le blocage&nbsp;&raquo; à l’AG suivante.</p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>Pour Kaou, aujourd’hui parmi les militants les plus actifs du SLB, scénario similaire. C’est en souriant qu’il se souvient avoir été contre le blocage. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>J’étais un peu timide, je ne connaissais personne</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, raconte-t-il. Son ami d’enfance l’a beaucoup influencé. Mais le fait d’apprendre que son père, qu’il juge pourtant comme un &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>catho démocrate</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, avait milité dans sa jeunesse l’a également encouragé. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Ça a pris un sens pour moi.&nbsp;&raquo;</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>Ceux qui refusent le blocage forment un groupe hétérogène en évolution. Lors de ses premiers piquets de grève, Élise se souvient de heurts : &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Certains avaient l’impression qu’on les prenait en otage. Mais quand ils ont vu que des anti-bloqueurs nous frappaient, ils ont compris que c’étaient eux les violents. Et beaucoup ont rejoint le mouvement à ce moment-là. </span></span><span><span>&nbsp;&raquo; D’autres persistent dans leur refus de bloquer l’université, allant l’affirmer à main levée durant les AG. Là, c’est souvent &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>la révélation</span></span><span><span>&nbsp;&raquo; disent certains. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Des gens viennent parfois en AG juste pour contrer le blocage, sortent finalement en ayant voté pour, et s’investissent</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, se souvient Céline.</span></span></p>
<h1 align="JUSTIFY">L’apprentissage de la démocratie</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>&laquo;&nbsp;Quand t’as vécu des AG, ça change du tout au tout ta vision de la démocratie. Avant, c’est une démarche très individuelle avec ton bulletin. Mais tu apprends que la politique, ça se fait à plusieurs ici et maintenant&nbsp;&raquo;, affirme Sylvain. Celui qui veut parler lève la main et, au fur et à mesure, celui qui a été nommé pour gérer les tours de parole note leur passage sur un papier. Du coup, chacun écoute l’autre et personne ne se coupe la parole. &laquo;&nbsp;Tu votes à main levée. Tu assumes ce que tu penses et, comme tu en parles, ça redevient collectif. Avant de voter à main levée, on en débat. Chaque voix en vaut une autre&nbsp;&raquo;, dit Céline. En s’organisant, &laquo;&nbsp;ils se réapproprient les outils de l’expression démocratique pour intervenir et être présents dans le débat public&nbsp;&raquo;, écrit la sociologue Anne Muxel. &laquo;&nbsp;C’est l’apprentissage de la démocratie&nbsp;&raquo;, s’accordent les syndiqués de Sud.</p>
<p align="JUSTIFY">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/militant/militants.jpg" title="Lors de leur réunion hebdomadaire, les membres du syndicat rennais Sud étudiant préservent les règles d’usage concernant la gestion de la parole et de l’écoute." class="thickbox" rel="singlepic132" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-center" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/132__690x_militants.jpg" alt="" title="" />
</a>
Pendant le CPE, Kaou a 19 ans et étudie la formation des institutions politiques dans son cursus d’histoire. Des AG auxquelles il participe, il retient la légitimité politique au fondement de toute organisation. &laquo;&nbsp;L’AG, c’est une institution à part entière, quelque chose qui est reconnu par tout le monde. Des milliers de personnes se réunissent pour discuter. Ça arrive rarement quand même ! Alors quand la présidence de l’université vient te dire que c’est illégitime, les faits sont contre elle ! Pour les votes de l’université, il y a 3 000 votants sur 19 000 étudiants. Pendant le CPE, 3 000 c’était le minimum. On a même atteint une AG à 7 000.&nbsp;&raquo;</p>
<h1 align="JUSTIFY">Le sens du collectif comme affranchissement des dogmes</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>De la mobilisation collective, tous évoquent le sentiment communautaire. Kaou, ancien enfant de chœur, y retrouve même la solidarité de la communauté religieuse. &laquo;&nbsp;T’es avec des gens que tu ne connais ni d’Adam ni d’Eve. C’est peut-être mon côté catho qui ressort mais c’était une communauté. Le matin, tu partages le café ou les quelques gâteaux que t’as. Même maintenant, quand on se croise dans la rue, on a un sourire. On se rappelle.&nbsp;&raquo; Thibault le dit autrement : &laquo;&nbsp;C’est un moment fort pour se rencontrer et s’associer.&nbsp;&raquo; N’y voir que le côté festif et solidaire serait très erroné. Car c’est surtout un espace d’échanges de connaissances. &laquo;&nbsp;Confronter mes idées avec celles des autres m’a permis de construire une pensée politique plus cohérente. La rencontre avec les autres, ça m’a donné des billes pour réfléchir à ce que je pensais&nbsp;&raquo;, dit Céline.</p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>Au contraire de la religion, la communauté n’est pas cimentée par la foi. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Le syndicat, c’est une force de proposition. C’est pas un représentant absolu </span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, affirme Sylvain. La dialectique avec le groupe permet ainsi d’interroger son héritage pour se forger une pensée libre et personnelle. A fortiori chez ceux dont l’héritage est catholique. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Le fait d’avoir eu une éducation catho m’a aidé à croire en des choses, </span></span><span><span>reprend Kaou</span></span><span><span>. Comme le fait de pouvoir être égaux. Mais ne pas y croire aveuglément. Contrairement à la religion, il n’y a pas de dogme dans le militantisme. On ne te dit pas : tu es pauvre mais si tu restes sage, tu iras au paradis.&nbsp;&raquo;</span></span><span><span> Le devenir intellectuel se forge, de manière indépendante, par la lecture des textes théoriques. Kaou dévore Engels, Marx, Mao, Lénine. Ces lectures contribuent alors à l’</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;apprentissage de l’autonomie&nbsp;&raquo;</span></span><span><span> et à la construction d’une </span></span><span><span>&laquo;&nbsp;manière de penser&nbsp;&raquo;</span></span><span><span>, comme le remarquait Erik Neveu pour les militants catholiques de Mai 68, lors d’une conférence à l’Institut d’études politiques de Rennes.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY">Surtout, leur émulation intellectuelle est au service d’une logique de l’action. Des militants plus chevronnés, ils apprennent à organiser une manifestation, à écrire des tracts et des affiches. &laquo;&nbsp;Maintenant, je lis les textes de lois. Avant le CPE, jamais j’aurais fait ça. Surtout que c’est imbuvable ! Cette année, un décret est tombé contre les étudiants étrangers. Quand tu sais comment ça marche, tu peux impulser quelque chose. Tu lis, tu prépares les affiches, les tracts, tu lances des rassemblements.&nbsp;&raquo; Kaou, plus extrême encore, a voulu mettre en pratique sa théorie militante, travaillant plusieurs mois dans le bâtiment pour appliquer &laquo;&nbsp;la politique de l’établi&nbsp;&raquo;.</p>
<h1 align="JUSTIFY">Le choc de la violence policière</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>De cette confrontation à la réalité et à la pratique, la violence policière est vécue comme un choc. La manifestation nocturne appelée <span style="color: #0000ff;"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.luttes-etudiantes.com/rezo/index.php?p=rezo&amp;a=detail&amp;idRezo=125">le Charivari</a></span></span>, &laquo;&nbsp;parce qu’on voulait faire du bruit dans les quartiers bourgeois&nbsp;&raquo;, reste dans les mémoires. &laquo;&nbsp;C’est ma première expérience des gaz lacrymogènes, des charges, se souvient Kaou. Je faisais partie de la quinzaine d’abrutis en train de dire non-violence. Un clodo m’a épinglé ce soir-là, “hé comment tu peux dire non-violence ? C’est pas toi qui te fais réveiller le matin à gros coups de pied dans le bide !” Sur le coup je me suis dit que c’était juste un con. Mais ensuite ça m’a travaillé.&nbsp;&raquo;</p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>Chez Élise, cette violence entraîne une prise de conscience. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Je voudrais parler des flics, </span></span><span><span>annonce-t-elle. </span></span><span><span>Parce que pendant le CPE, ça a été très révélateur. Lors de </span></span><span style="color: #0000ff;"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://alter1fo.com/retour-a-la-maison-de-la-greve-28581"><span><span>l’évacuation du village autogéré</span></span></a></span></span><span><span>, place du Parlement à Rennes, nous sommes tous restés assis quand ils sont arrivés, en disant que nous étions contre la violence. Et on s’est fait chargés, gazés, matraqués. Comme tout le monde, j’ai pris conscience, à ce moment-là, que les flics étaient violents et que ça ne servait à rien d’être pacifistes. J’ai pris conscience que la victoire passait par la lutte, et non par les négociations ou les syndicats co-gestionnaires. Ça a été très fondateur pour moi. Si tu fais une manif, tout le monde s’en fout. En fait, il faut passer à une action clash et engager un rapport de force. Il ne faut pas avoir peur d’aller se battre.</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;</span></span></p>
<h1 align="JUSTIFY">De l’action politique au développement personnel</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Ce sentiment d’injustice a l’effet d’un détonateur. Beaucoup parlent d’un &laquo;&nbsp;sentiment de rébellion&nbsp;&raquo;. Élise craignait l’autorité de sa mère. &laquo;&nbsp;Avant l’occupation, je n’aurais pas été gueulée toute seule contre quatre flics. Maintenant, je le fais. Avant je n’aurais jamais été voir la présidence de la fac pour lui dire ce que je pensais. Maintenant, je le fais. Oui, c’est de la confiance. Les gens ne détiennent pas un savoir absolu parce qu’ils ont un certain statut. J’ai pris conscience que rien n’était immuable.&nbsp;&raquo; Ce sentiment de confiance, Céline le partage aussi. &laquo;&nbsp;Le militantisme, c’est vraiment formateur. Tu te formes à avoir un avis sur tout. Tu apprends à te connaître, à dépasser tes limites. Au début tu te dis que jamais tu ne prendras la parole devant 6 000 personnes. En fait, si. Plus le temps avance et plus tu te dépasses.&nbsp;&raquo;</p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>Ce &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>sentiment du collectif</span></span><span><span>&nbsp;&raquo; qui est né durant le CPE, ils le préservent chaque jour. Pas de leader qui s’impose à Sud. À leur dernière réunion mensuelle, Thibault a proposé de créer des commissions. C’est-à-dire des groupes pour travailler les textes en fonction des actions à mener, &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>pour gagner du temps</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;. Sylvain a réagi : &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Vous savez ce que je pense des commissions ! Il y a le risque que certains détiennent l’expertise. Je pense que ce n’est pas bien. Tout le monde doit continuer à pouvoir en parler ensemble.</span></span><span><span>&nbsp;&raquo; Rester fidèles à l’organisation des AG qui leur avait donné la parole quand ils n’étaient pas encore &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>bien formés</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, comme dit Kaou. Ils savent que l’expertise donne un pouvoir et ils rejettent le dogme. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>L’AG, ce n’est pas</span></span><span><span>une affirmation d’experts</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, ajoute Sylvain.</span></span></p>
<h1 align="JUSTIFY">Militer : un projet de vie</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Le CPE les a tous changés. &laquo;&nbsp;Le militantisme ça te laisse une trace. Je n’aime pas le discours qui dit que c’est parce qu’on est jeune qu’on est militant. Les autres se sont juste habitués, c’est tout&nbsp;&raquo;, estime Kaou. Sylvain met en garde : &laquo;&nbsp;Il ne faut pas faire de jeunisme.&nbsp;&raquo; Comme s’ils se méfiaient de ceux qui sous-estiment leur maturité. &laquo;&nbsp;Un doux timbré qui finirait par se calmer&nbsp;&raquo;, avaient dit les parents de Kaou, lorsqu’à quinze ans il avait évoqué l’indépendance de la Bretagne. Sauf que dix ans après, l’enfant répond : &laquo;&nbsp;Dans une manif, t’as ceux qui passent vite fait et ceux qui y restent. Quand tu y restes, ça imprègne ta vie.&nbsp;&raquo;</p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>Pas de culte de la personnalité, pas d’expertise, et pourtant un développement personnel indéniable chez chacun au contact du militantisme. Céline a excellé lorsque, au concours de l’IRTS, elle a eu des phrases d’actualité à commenter. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Je ne pensais pas qu’un jour je pourrais faire valoir mon expérience militante ! </span></span><span><span>rit-elle. </span></span><span><span>En fait, je n’en ai pas parlé en tant que tel, mais j’ai commenté avec une vision militante, un avis affirmé. Et ça a plu.</span></span><span><span>&nbsp;&raquo; Elle aimerait, en tant qu’assistance sociale, travailler en prison ou avec les femmes victimes de harcèlement sexuel. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>Marre d’avoir des boulots alimentaires pour financer mon militantisme !</span></span><span><span>&nbsp;&raquo; reconnaît-t-elle.</span></span></p>
<p align="JUSTIFY"><span><span>De son côté, Élise enseigne la musique &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>pour vivre</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;. Elle qui, au moment du CPE, voulait sa licence de maths plus que le blocage, tente encore de la valider. &laquo;&nbsp;</span></span><span><span>L’année après le CPE, je me suis engagée au Réseau Universitaire Sans Frontières (RUSF). Je ne suis pas allée à mes partiels parce que je devais soutenir des étudiants étrangers. L’année d’avant, ça aurait été impensable</span></span><span><span>&laquo;&nbsp;, explique-t-elle. Mais son projet professionnel s’est précisé, depuis. Elle souhaite toujours enseigner les mathématiques mais en langue bretonne, qu’elle apprend parallèlement. Comme Kaou, en formation de langue bretonne depuis cette année, dans le but d’enseigner l’histoire et la géographie dans les établissements </span></span><span style="color: #0000ff;"><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.diwanbreizh.org/"><span><span>Diwan</span></span></a></span></span><span><span>. Encore un acte militant.</span></span></p>
<h1 align="JUSTIFY">Le sens du collectif à l’encontre du vote</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>&laquo;&nbsp;Aujourd’hui, mes parents ont compris que tous les militants n’allaient pas poser des bombes ! Il y a une pensée derrière&nbsp;&raquo;, continue Kaou. La pertinence de cette pensée, sa mère la lui reconnaît. Aux dernières élections régionales, elle lui a demandé des explications supplémentaires au sujet de ses candidats. &laquo;&nbsp;Mes parents, qu’avant j’aurais qualifiés de cathos démocrates, ont un peu glissé à gauche, même s’ils détestent le PS et les écolos. Ma sœur arrive même à emmener ma mère à des manifs antisexistes maintenant !&nbsp;&raquo; Mais Kaou, lui, n’ira pas voter aux présidentielles de 2012. &laquo;&nbsp;Ils sont tous copains avec la classe dirigeante. Ils défendent les intérêts de leur propre classe. Que ce soit Mélenchon ou Sarko, c’est pareil.&nbsp;&raquo; C’est ce qu’il explique à une syndiquée de Sud qui veut voter Mélenchon. Une des rares à aller voter d’ailleurs. &laquo;&nbsp;Moi, je viens de Sud étudiant mais d’Arras. Là-bas, on vote presque tous. Surtout écolos.&nbsp;&raquo; De son côté, Céline reproche aux élections le culte de la personnalité. &laquo;&nbsp;Les élections, c’est presque people. On dirait qu’on vote pour un homme et non pour un parti.&nbsp;&raquo; Comment Céline pourrait-elle voter pour une personne lorsque, comme tous, elle est si attachée au sens du collectif ?</p>
<p style="text-align: right;" align="JUSTIFY"><strong>Déborah Corrèges</strong></p>
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		<title>En campagne !</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 15:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
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		<category><![CDATA[campagne]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="289" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Entree-en-campagne-300x289.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Entree-en-campagne" title="Entree-en-campagne" /></p>La Dorée, petite commune de Mayenne ne compte que quelques centaines d’habitants. Dans ce milieu rural, la politique se joue au niveau du canton ou de l’Europe. Si revendication il y a, on s’adresse soit au maire, soit à Bruxelles. À l’évocation de Paris, les jeunes Doréens haussent les épaules, l’air de dire que la capitale n’a pas grand rôle à jouer dans leur quotidien. Plongée au cœur du village mayennais.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="289" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Entree-en-campagne-300x289.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Entree-en-campagne" title="Entree-en-campagne" /></p><p style="text-align: justify;" align="JUSTIFY"><em>Dong !</em> Les cloches retentissent. Il est 14 h dans la commune de La Dorée, en Mayenne, à quelques pas de Fougères. Tout est calme, seul le son de quelques voix mêlées aux coups de marteau et au vrombissement d’une perceuse semble rompre la tranquillité ambiante. Ce brouhaha vient du hangar de la CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) situé à la sortie du bourg. C’est là que Damien, Alexandre, Jacques, Alain et Régis aiment se retrouver le samedi. Depuis un an, ce groupe de Doréens s’est lancé dans une activité hors du commun : les courses de moissonneuses-batteuses cross. Leur objectif est d’arriver à transformer une vieille machine en une véritable bête de compétition pour le show de la prochaine foire cantonale. Entre transmission de savoir-faire, blagues vaseuses, débats houleux ou échanges de bons procédés, l’atelier est un lieu de communication où les opinions s’expriment et où les consciences s’ouvrent.</p>
<p style="text-align: justify;" align="JUSTIFY">La Dorée compte 330 habitants. &laquo;&nbsp;Il n’y a pas beaucoup d’activités pour les jeunes ici&nbsp;&raquo; souligne Alexandre. Pour boire un verre avec ses copains, il doit parcourir trente kilomètres. Pas toujours facile lorsqu’on a 17 ans et qu’on est sans permis. Au village, les jeunes sont peu nombreux. La plupart du temps, ils doivent quitter la campagne pour les études. Certains reviennent, d’autres pas.</p>
<h1 align="JUSTIFY">“On ne peut pas faire grand-chose“</h1>
<p align="JUSTIFY">Emmitouflé dans sa doudoune noire, la casquette sur la tête, Damien s’assoit dans un coin de l’atelier pour rouler sa cigarette. &laquo;&nbsp;Je ne vais pas toujours voter. De toute façon, que ce soient les uns ou les autres, c’est la même chose&nbsp;&raquo;, explique le jeune agriculteur installé sur sa ferme depuis cinq ans. Il considère que politiquement parlant, la France n’a plus son mot à dire face aux marchés européens. Quant à la dimension économique, ce sont les grandes surfaces qui font la pluie et le beau temps. &laquo;&nbsp;À notre niveau, on ne peut pas faire grand-chose&nbsp;&raquo;, conclut-il. La politique, du haut de ses 28 ans, il n’y croit plus. Résigné, il préfère s’assurer de l’avenir et s’occuper de son exploitation. Lorsqu’il proteste, il s’adresse directement au maire ou il bat le pavé avec son tracteur contre Bruxelles et sa politique agricole commune. Paris, il &laquo;&nbsp;s’en fout&nbsp;&raquo;.</p>
<p align="JUSTIFY">Au milieu des machines, entre deux coups de tournevis, Damien et ses copains bavardent. L’élection présidentielle, ils en ont ras les bottes : &laquo;&nbsp;De toute façon, aujourd’hui, les politiques n’arrêtent pas de se tirer dans les pieds ! C’est à croire qu’ils se lèvent le matin en se demandant quelle connerie inventer&nbsp;&raquo;, argue le jeune père de famille, la cigarette au bec. Tout en précisant du tac au tac : &laquo;&nbsp;Tu vois, je me déplacerais plus vite pour les élections communales que pour les présidentielles.&nbsp;&raquo; Damien se retrouve plus facilement dans la politique locale car les décisions prises le concernent directement. Pour voter, il a besoin d’être convaincu de l’impact de son geste.</p>
<h1 align="JUSTIFY">Un engagement local</h1>
<p align="JUSTIFY">Dépolitisé ? Sans doute. Désengagé ? Pas tout à fait. Dès qu’il y a une réunion ou une formation proposée par le syndicat des Jeunes Agriculteurs, Damien y participe. De même, il répond présent aux appels à manifestation pour défendre le prix du lait. Grégory, responsable des Jeunes Agriculteurs depuis deux ans raconte que le syndicat permet aux nouveaux installés de s’interroger dans leur travail et de se forger une conscience commune, un esprit de groupe: &laquo;&nbsp;Sur une exploitation, il y a beaucoup de jeunes qui s’enferment dans le boulot, qui s’isolent et c’est dangereux. Le syndicat permet une certaine extériorisation. D’ailleurs, la majorité des agriculteurs s’inscrivent plus pour la convivialité et pas forcément pour l’aspect revendicatif.&nbsp;&raquo; Le jeune dirigeant s’est forgé une opinion politique au sein du syndicat. Alors qu’au départ il n’y voyait qu’un lieu de rencontres, il s’est très vite laissé prendre au jeu, au point d’en devenir le président : &laquo;&nbsp;J’ai vite compris que nous avions besoin de personnes pour défendre notre métier. Si nous on ne se réveille pas, qui le fera ?&nbsp;&raquo;</p>
<p align="JUSTIFY">Le syndicat s’applique également à faire vivre la commune en participant à la mise en place de la foire cantonale, l’organisation des concours de labour, ou encore la recherche de sponsors pour les courses de moissonneuses-batteuses cross. La politique au sein des Jeunes Agriculteurs se limite à l’échelle du canton, le local reste sa grande priorité : &laquo;&nbsp;On n’a pas vraiment de relations avec les autres syndicats, car sur le canton nous sommes les seuls représentés. Et puis nous n’avons pas de retour des personnes affiliées à la confédération paysanne…&nbsp;&raquo; souligne le jeune président.</p>
<h1 align="JUSTIFY">Une question d’éducation</h1>
<p style="text-align: justify;">Le poids de l’héritage et du contexte familial ainsi que le niveau d’études sont également des critères déterminants pour la construction d’une opinion politique. Émilie, la voisine de Damien ne cache pas son indifférence et précise d’un air amusé : &laquo;&nbsp;Ça ne m’intéresse pas ! Je n’ai pas été bercée là-dedans.&nbsp;&raquo; À l’inverse, Marie, présidente régionale du MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne) des Pays de la Loire, clame haut et fort son engagement. Et confirme qu’il s’agit bien d’une question d’éducation : &laquo;&nbsp;J’ai toujours vu mes parents et grands-parents investis dans le milieu associatif et syndical. Dans ma famille, on s’est même amusé à faire un sondage. A nous quatre, on doit faire partie d’une dizaine d’associations&nbsp;&raquo;. Elle ajoute également que les jeunes qui s’engagent dans un cursus universitaire sont plus politisés car ils sont obligés de quitter la campagne. En ville, ils peuvent suivre et discuter plus facilement des élections présidentielles, participer aux manifestations, expérimenter le politique : &laquo;&nbsp;Je pense que le fait d’avoir fait un bac ES avec une spécialité sciences politiques, ça m’a vraiment conforté dans la recherche, dans le débat et la lecture des idées.&nbsp;&raquo; Marie, 25 ans, est originaire de Nuillé-sur-Vicoin, un village de mille habitants près de Laval. Très investie, elle milite au sein du MRJC depuis 2008 et démontre que les jeunes ruraux ont encore leur mot à dire : &laquo;&nbsp;L’idée c’est de créer une conscience politique, c’est de dire à un jeune de quinze ans que, même s’il habite dans un petit patelin loin de la scène nationale, il a le droit d’avoir un avis.&nbsp;&raquo;</p>
<h1 style="text-align: justify;">Réveiller les consciences</h1>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Dynamiser et promouvoir le milieu rural, c’est l’objectif principal du MRJC&nbsp;&raquo;, lance fièrement la présidente. Ce mouvement fondé en 1963 et entièrement géré par des jeunes de treize à trente ans, rassemble 10 000 membres sur le territoire national. &laquo;&nbsp;On y met notre cœur et nos tripes. Nous sommes militants avant d’être bénévoles&nbsp;&raquo;, poursuit Marie. Actif sur les problématiques liées à l’éducation, l’emploi et l’agriculture, le mouvement apporte aux jeunes les clés et les informations nécessaires pour comprendre la politique. Organisés en équipes, les militants montent des projets tels que des concerts, des festivals, et des camps de vacances. Très éclectique, le MRJC propose également une formation au BAFA et de nombreuses actions militantes concrètes : &laquo;&nbsp;Nous avons mené une campagne auprès du Conseil constitutionnel dans le cadre de notre projet <em>Va y’avoir du taf</em> sur le problème de l’accès à l’emploi des jeunes. Puisque les candidats sont invités à recueillir 500 signatures pour être déclarés officiels, nous avons décidé de récolter 500 CV de jeunes en recherche d’emploi pour pourvoir le poste magnifique en CDD de cinq ans avec logement de fonction&nbsp;&raquo; ajoute Marie avec humour. &laquo;&nbsp;Nous avons réussi à mobiliser 200 participants!&nbsp;&raquo; précise-t-elle. Quant à l’empreinte religieuse du mouvement, Marie est habituée aux remarques et répond qu’elle reste historique et symbolique : &laquo;&nbsp;L’étiquette religieuse, on s’en fiche ! Le principal c’est qu’un jeune qui a envie de s’engager aujourd’hui puisse trouver le lieu qui lui correspond et qui puisse l’accueillir tel qu’il est. J’ai des amis athées, musulmans, protestants&nbsp;&raquo; conclut la jeune militante.</p>
<p style="text-align: justify;" align="JUSTIFY">Aujourd’hui, les militants du MRJC comme les jeunes ruraux se donnent du mal pour dynamiser leur territoire. Tous s’entendent pour constater que la politique telle qu’ils la conçoivent s’exerce et se pratique d’abord à l’échelle de la commune ou du canton. A Laval, on tente d’aider les jeunes dans leur engagement. Marie et les membres du MRJC organisent des débats afin d’éveiller les consciences de chacun et de montrer l’importance de l’implication politique. À La Dorée, les élections présidentielles semblent bien lointaines. Mais cela ne signifie pas qu’on se détourne de l’intérêt général. Damien et Grégory ont décidé de jouer collectif, avant tout pour l’avenir des campagnes.</p>
<p style="text-align: right;" align="JUSTIFY"><strong>Marie Boittin</strong></p>
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		<title>L’engagement associatif, la politique autrement</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 14:00:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="225" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Engagement-associatif-la-politique-autrement-300x225.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Engagement-associatif-la-politique-autrement" title="Engagement-associatif-la-politique-autrement" /></p>Les jeunes boudent la sphère politique ou syndicale. Ils préfèrent celle du monde associatif. Rencontre avec des bénévoles rennais qui ont décidé de s’engager autrement, loin des luttes partisanes et du jeu électoral.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="225" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Engagement-associatif-la-politique-autrement-300x225.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Engagement-associatif-la-politique-autrement" title="Engagement-associatif-la-politique-autrement" /></p><p align="JUSTIFY"><span>&laquo;&nbsp;</span><span>Je refuse que l’on me culpabilise quand je ne vais pas voter.</span><span>Cela fait cinq ans que je me bats et que j’aide quotidiennement les sans-papiers. J’en fais autant que ceux qui vont mettre un bulletin dans une urne !&nbsp;&raquo;</span><span> À 22 ans, Renaud fait partie de ces jeunes qui considèrent l’associatif comme le meilleur moyen de faire de la politique. Structure moins hiérarchisée, actions concrètes et thématiques très sectorisées : aujourd’hui ce type de structure attire de plus en plus. Selon un sondage Harris Interactive, datant de mars 2011, 25% des moins de 30 ans étaient engagés au sein d’une association, contre 3% au sein d’un parti politique. Une désaffection qu’explique Valérie Becquet, maître de conférences en sociologie à l’université de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) : &laquo;&nbsp;</span><span>Les jeunes ont une lecture beaucoup plus critique des institutions politiques que les générations précédentes car ils ont l’impression que celles-ci sont incapables de produire un véritable changement social. Mais cela ne les empêche pas d’être politiquement très réactifs.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p align="JUSTIFY">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/engagement/engagement-associatif-la-politique-autrement.jpg" title="Le 15 février 2012, des membres du collectif de soutien aux sans-papiers occupent le conseil général d’Ille-et-Vilaine, à Rennes : ils demandent l’égalité de traitement entre Français et étrangers." class="thickbox" rel="singlepic137" >
	<img class="ngg-singlepic" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/137__640xfloat=_engagement-associatif-la-politique-autrement.jpg" alt="" title="" />
</a>
</p>
<h1>Dans la lignée des institutions</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong><span>&laquo;&nbsp;Il est bien ce petit Etienne : il ne s’est pas laissé impressionner. Peut-être deviendra-t-il le futur leader de demain !&nbsp;&raquo; </span><span>entend-on à la sortie de la Maison des Associations. Le jeune homme, président de SOS Racisme-Rennes et étudiant en Master Expertises de l’action publique territoriale, a fait son effet. Il vient de finir d’animer face à des dizaines de femmes – dont la moitié avait le double de son âge – une conférence intitulée &laquo;&nbsp;Racisme et Sexisme&nbsp;&raquo;. </span><span>&laquo;&nbsp;Après cinq ans d’engagement</span><span>, </span><span>quand on commence à reconnaître ton discours, c’est agréable. L’associatif m’a permis de trouver ma position dans la société&nbsp;&raquo;, </span><span>explique-t-il.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span>À 23 ans, Etienne fait partie de ces jeunes qui ont décidé de s’engager, non pas par rejet de la politique partisane mais par besoin d’agir et de se faire une place. Désormais reconnu, il cherche à valoriser son travail au sein d’un parti. &laquo;&nbsp;</span><span>En tant qu’acteur associatif, ton action est toujours limitée par la décision politique. Au bout d’un moment, tu as envie de défendre tes valeurs à un niveau plus haut.&nbsp;&raquo;</span><span> Derrière le spectre</span><span>d’Harlem Désir ou de Bruno Julliard, tous deux membres actifs du PS après des années de militance associative, Etienne s’est engagé depuis peu dans le camp socialiste. Il s’est vu très vite proposer le pilotage du comité &laquo;&nbsp;Vivement Mai&nbsp;&raquo; du candidat François Hollande : &laquo;&nbsp;</span><span>Je suis conscient que la politique est un monde dangereux et fait de beaucoup de compromis. Mais j’aurais été très bête de refuser !&nbsp;&raquo;</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span>Mais parmi ceux qui ont décidé de sauter le pas, certains en ressortent déçus. C’est le cas Jean-Marie. A 18 ans, cet étudiant en première année de droit est le tout nouveau Président du Comité Bretagne du Parlement européen des Jeunes. En juillet dernier, ce jeune homme a pris sa carte d’adhérent, au sein d’un parti situé au centre de l’échiquier politique. &laquo;&nbsp;</span><span>On y fait plus du militantisme et on n’a pas vraiment notre mot à dire sur le fond&nbsp;&raquo;, </span><span>s’agace-t-il. À choisir, ce fils de magistrats préfère la structure associative. Mais il ne dit pas non à une future carrière en politique, dans quelques années, quand il aura gagné en légitimité. Il confie : &laquo;&nbsp;</span><span>Pourquoi pas si l’occasion se présente, et surtout si c’est pour une cause noble et que ça le reste.&nbsp;&raquo;</span></p>
<h1>&laquo;&nbsp;La meilleure de toutes les formations universitaires&nbsp;&raquo;</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong><span>Un vendredi soir, les étudiants rennais se pressent – non pas pour entrer dans un bar, rue de la Soif – mais pour avoir une place dans l’un des amphis de l’université Rennes 2. À l’intérieur, Patrick Dils, victime d’une erreur judiciaire (parmi les plus graves jamais survenues en France), les attend pour répondre à toutes leurs questions. Dans la foule, il y a Christopher, membre du GENEPI (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées), l’association à l’origine de cet événement. &laquo;&nbsp;</span><span>Découvrir et faire découvrir un milieu dont personne ne parle jamais ! Voilà à quoi sert mon investissement</span><span>&laquo;&nbsp;, s’enthousiasme l’étudiant. À 23 ans, ce Niçois d’origine fait partie de ces jeunes pour qui le mouvement associatif n’est pas un tremplin vers l’engagement partisan. Il donne de son temps et de ses compétences pour des causes pratiques. Un moyen aussi de se tester, comme l’évoque l’étudiant en master de psycho-criminologie : &laquo;&nbsp;</span><span>L’année dernière, si</span><span>tu m’avais dit que j’animerais une commission finance, je t’aurais répondu : ”Jamais de la vie !” Mais finalement je m’y plais. C’est cela aussi l’associatif : la possibilité de se tester et d’apprendre.</span><span>&laquo;&nbsp;</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span>Christopher accumule les expériences associatives. Il a commencé à s’engager au bureau des étudiants de sa faculté. Il en est devenu bénévole, président et vice-président. Il milite aussi en faveur des droits des gays et des lesbiennes. Aujourd’hui, il s’investit au Genepi. Aide scolaire, réunions, sensibilisation de l’opinion ou organisation d’événements… Comme tout autre militant, ce jeune homme engagé ne compte pas son temps. À la différence que lui ne cherche pas à influer sur les politiques en place. &laquo;&nbsp;</span><span>Nous n’agissons pas contre le gouvernement ou un quelconque parti.</span><span>Nous agissons seulement parce qu’il y a un manque et qu’il faut bien quelqu’un pour combler ces insuffisances&nbsp;&raquo;,</span><span> répète-t-il.</span></p>
<h1><span>Porter d&#8217;autres alternatives sur la table</span></h1>
<p align="JUSTIFY"><span>Autre &laquo;&nbsp;catégorie&nbsp;&raquo; de militant associatif : les &laquo;&nbsp;indépendants&nbsp;&raquo;. Banderoles sous le coude, Renaud, à côté de ses amis militants du collectif de soutien aux personnes sans-papiers, marche d’un pas décidé vers l’antenne rennaise du Conseil général. Là, il s’installe dans le hall et distribue des tracts au personnel. &laquo;&nbsp;</span><span>Stop aux tests osseux sur les mineurs isolés étrangers !</span><span>&nbsp;&raquo; martèle-t-il au bout de son microphone. Après plus de trois heures d’occupation, des policiers viennent tous les déloger dans le calme. Ce type d’action, Renaud en fait au moins une par semaine en ce moment. Une manière de sensibiliser l’opinion à quelques jours des présidentielles. Cet étudiant de Sciences Po Rennes de 22 ans s’engage depuis cinq ans pour la défense des sans-papiers. Il ne s’agit pas d’une association mais d’un collectif que Renaud assimile à un groupe de pression. Il veut travailler indépendamment de tout parti et ainsi rester maître de son engagement. Comme lui, beaucoup suivent cet idéal de liberté en s’engageant dans ce type d’organisation. Ici, il n’y a ni adhérent, ni président. Uniquement des participants placés au même niveau. &laquo;&nbsp;</span><span>Les partis politiques et les syndicats sont de grosses machines où tu n’as pas forcément ton mot à dire, </span><span>grogne Renaud</span><span>. Le collectif, lui, fonctionne sur le mode horizontal, c&#8217;est-à-dire que tout le monde a le droit à la parole. Ce qui ne nous empêche pas de prendre des décisions et d’agir là où il y en a besoin.</span><span>&nbsp;&raquo; Camille, 22 ans et amie de Renaud au collectif, le soutient : &laquo;&nbsp; </span><span>Notre objectif est d’aider cette population mais, surtout, c’est d’arriver par nos occupations à faire casser des lois ou des règlements.</span><span>&nbsp;&raquo; Renaud est persuadé de faire bouger les lignes grâce à son engagement. Au moins autant qu’en allant voter aux présidentielles, selon lui. L’étudiant insiste : &laquo;&nbsp;</span><span>J’en fais autant que ceux qui vont aller mettre un bulletin dans une urne !&nbsp;&raquo;</span><span> </span></p>
<p style="text-align: right;"><span><strong>Claire Delfini</strong></span></p>
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		<title>Gauche marginale : entre humanisme et radicalité</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 12:00:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Radical]]></category>
		<category><![CDATA[pacifistes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="140" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/gauche-marginale-3-300x140.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="gauche-marginale-3" title="gauche-marginale-3" /></p>À Rennes, le terrain de l'extrême gauche « désinstitutionnalisée» est complexe. Autonome, hybride, en mutation constante, foisonnant de groupes et collectifs plus ou moins informels, il cristallise les données de l'engagement hors-parti. L'unité parfaite est un euphémisme. Mais le rejet massif du vote, une réalité. Comme l'écrivait l'auteur Christophe Boursiller en 2006 : « Les militants continuent de se méfier comme de la peste de la démocratie bourgeoise. A l'extrême gauche, on ne croit toujours pas dans l'élection ». C'est autour de ce point d'ancrage que se développe l'enquête menée auprès des jeunes interlocuteurs rencontrés, qu'ils soient Indignés, chômeurs en lutte, antifascistes ou anarchistes. Les langues se délient, entre proposition d'un ordre nouveau et virulence à l'égard des opposants.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="140" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/gauche-marginale-3-300x140.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="gauche-marginale-3" title="gauche-marginale-3" /></p><p style="text-align: justify;">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/gauche-marginale/gauche-marginale.jpg" title="Les visages des militants de l'extrême gauche rennaise sont multiples. Mais lorsque les masques tombent, certains profils éclairent la façon de voir cette mouvance difficile à saisir." class="thickbox" rel="singlepic160" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-left" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/160__320x240_gauche-marginale.jpg" alt="Les visages des militants de l'extrême gauche rennaise sont multiples. Mais lorsque les masques tombent, certains profils éclairent la façon de voir cette mouvance difficile à saisir." title="Les visages des militants de l'extrême gauche rennaise sont multiples. Mais lorsque les masques tombent, certains profils éclairent la façon de voir cette mouvance difficile à saisir." />
</a>
 Vendredi 9 mars 2012. Il est à peine 10 heures. Sur le parvis de la cité judiciaire de Rennes, une quarantaine de manifestants, dont les trois quarts n&#8217;excèdent pas trente ans, s&#8217;agglutinent devant des barrières, derrière lesquelles une demi douzaine de policiers se sont postés pour garder les portes d&#8217;accès. Tracts et banderoles en mains, ils sont venus sensibiliser les riverains à la crise de l&#8217;emploi, mais surtout assister au procès de l&#8217;un des leurs. Le refus est catégorique de la part des forces de l&#8217;ordre : &laquo;&nbsp;Il n&#8217;y a que 80 places dans la salle d&#8217;audience, vous ne pourrez pas tous rentrer&nbsp;&raquo;. Calmes dans l&#8217;ensemble, certains esprits s&#8217;échauffent sporadiquement, et un grand brun aux lunettes trop petites s&#8217;insurge : &laquo;&nbsp;On est venus soutenir un ami. La justice est publique normalement !&nbsp;&raquo; L&#8217;ami en question, c&#8217;est Mehdi, 23 ans. Il est sympathisant au MCPL (Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte). Ce qu&#8217;on lui reproche ? Un coup de pied dans les bijoux de famille du policier qui tentait de l&#8217;interpeller devant le pôle emploi de Rennes, le 14 février dernier. Fruit d&#8217;une action d&#8217;ampleur nationale, échafaudée par les militants de l&#8217;assemblée &laquo;&nbsp;Occupons Pôle Emploi&nbsp;&raquo;, cette quatrième action rennaise s&#8217;était soldée par une interpellation musclée. Pour les manifestants, aucun doute, elle n&#8217;avait pas lieu d&#8217;être. Mehdi aurait été coffré pour l&#8217;exemple, et il s&#8217;agirait pour la police d&#8217;éteindre le feu de la contestation entamée mi-janvier.</p>
<p style="text-align: justify;">Une heure et demie plus tard, Mehdi ressort et remercie ses compagnons d&#8217;actions. Le procureur a requis 105 heures de TIG à son encontre et une amende. Une peine de plus à essuyer pour les militants des groupuscules de gauche, qui sont régulièrement sous les projecteurs de la justice. En cause, leur engagement parfois à la limite de la légalité. Les suivants à passer en appel étaient à nouveau deux jeunes militants anticapitalistes, le 28 mars. Les faits retenus contre eux étaient des jets de projectiles sur les forces de l&#8217;ordre, en marge d&#8217;une manifestation pour la reconnaissance des chômeurs, en décembre 2009.</p>
<h1>Des Indignés au four et au moulin</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Parmi les personnes mobilisées ce 9 mars, on retrouvait différents collectifs : DAL 35, MCPL, syndicat SUD, SLB (Syndicat des travailleurs bretons) et même&#8230; les Indignés. Ces derniers sont une quinzaine sur Rennes à s&#8217;investir quasi quotidiennement. Moyenne d&#8217;âge : la vingtaine, pas trop tassée. Leur mot d&#8217;ordre est simple. Ils rejettent le système financier et réclament une démocratie directe. C&#8217;est notamment le cas de Pierre, 23 ans, actuellement sans emploi. Il a rejoint le groupe il y a six mois. Ce qui lui plait dans cette force alternative, c&#8217;est le fait d&#8217;être face à une page blanche et donc d&#8217;avoir une grande marge de manœuvre : &laquo;&nbsp;On est dans l&#8217;idée de regroupement, avec une organisation horizontale et un débat permanent&nbsp;&raquo;, souligne-t-il.</p>
<p style="text-align: justify;">Déjà très actif dans la lutte contre le CPE en 2006 et les lois Fillon plus récemment, Pierre a construit sa conscience politique très tôt. &laquo;&nbsp;Mes parents m&#8217;ont mis le pied à l&#8217;étrier en me parlant de façon très concrète de la politique. Ils ont une sensibilité très à gauche et j&#8217;y ai pris goût, avoue-t-il. Mais contrairement à eux, je rejette le corporatisme des syndicats et des partis. Je ne me sens pas représenté par eux. Il faut ramener la politique à du vivre ensemble&nbsp;&raquo;. Sans mâcher ses mots, l&#8217;œil qui scintille, il va même jusqu&#8217;à reconnaître aimer le bordel : &laquo;&nbsp;Rejoindre les Indignés, c&#8217;est affirmer ma volonté de foutre un grand coup de pied dans la fourmilière&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette motivation l&#8217;amène à multiplier les champs de présence et à assumer un investissement personnel important. En compagnie d&#8217;une poignée d&#8217;autres, il participe aux réunions, formalise des rendez-vous, milite dans les actions de terrain, organise des cantines solidaires ou des événements burlesques, tracte sur le marché des Lices le samedi matin&#8230; Une tare, selon lui, puisque nombreux sont les gens à rejeter le dialogue.</p>
<h1 style="text-align: justify;">Pas d&#8217;étiquettes, mais plusieurs casquettes</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>À ses côtés, Caroline, 26 ans. Son profil, pour le moins atypique, entérine un constat : le milieu militant de la gauche marginale est fait de visées idéologiques éparses. Il s&#8217;agit en fait d&#8217;un microsome dans lequel les jeunes électrons libres se croisent en action, échangent, sympathisent et proposent, quelque soit leur collectif. De toute façon, il n&#8217;y a ni hiérarchie, ni rang bureaucratique, ni adhésion officielle. Après tout, ne pas déposer de statuts en préfecture quand on rejette le système, quoi de plus logique ? La chose qui rassemble, c&#8217;est l&#8217;autonomie face aux partis en place. Et parfois, un mode de vie qui contredit pleinement les normes sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est là qu&#8217;on en revient à Caro. Derrière ses yeux clairs et sa chevelure blonde, elle revendique différentes appartenances, de l&#8217;écologiste autonome, à l&#8217;Indignée, en passant par la cause féministe. Néanmoins, elle reste lucide : &laquo;&nbsp;Je ne veux pas me disperser pour autant. Je trouve que c&#8217;est bien de cibler ses motivations&nbsp;&raquo;. Si l&#8217;on s&#8217;en réfère à ses choix de vie, nul doute qu&#8217;elle accorde plutôt une importance aux projets verts et aux batailles rouges vif. &laquo;&nbsp;Je suis en collocation non déclarée et sans emploi, assure-t-elle. Pour manger, je fais de la récupération sur les marchés ou dans les poubelles. Pour les fringues, pareil, je fais de la récupération grâce à une amie qui bosse dans une friperie [...] Je préconise le modèle économique des ruches, comme cela se fait en Catalogne, où les communautés en mouvement se créent et proposent une nouvelle monnaie. Entre autre projet, je veux monter un café bio à but non lucratif, qui serait un lieu d&#8217;échanges d&#8217;idées pour surpasser le pouvoir en place&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Comble du paradoxe, Caroline a suivi des études en économie d&#8217;entreprise. Enfin, pas si paradoxal, quand l&#8217;on considère qu&#8217;il vaut mieux connaître son &laquo;&nbsp;ennemi&nbsp;&raquo; pour le combattre efficacement. Entre autres actions ancrées dans sa mémoire, elle évoque le camp nantais du 11 novembre 2011, sur la place Royale, où avaient séjournés quelques dizaines de jeunes Indignés, organisant une assemblée populaire en présence d&#8217;orateurs de renom, comme Alain Vidal, <a href="http://liberonslamonnaie.blogspot.fr/" target="_blank">liberonslamonnaie.blogspot.com</a> (auteur du livre Libérons la monnaie). Elle note également le repas burlesque devant la CAF d&#8217;Ille-et-Vilaine à Rennes en février. Déguisée en clown, elle avait trouvé les gens réceptifs, notamment les enfants. &laquo;&nbsp;Ils avaient le sourire en nous voyant, se félicite- t-elle. C&#8217;est bien de s&#8217;amuser et donner un côté dérisoire et coloré&nbsp;&raquo;.</p>
<h1 style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Ce qui se passe au Fight club, reste au Fight club&#8230;&nbsp;&raquo;</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>L&#8217;amusement et les couleurs ne sont pas l&#8217;apanage de tous. Vêtements le plus souvent sombres, méfiants à l&#8217;égard des médias et de la police, les &laquo;&nbsp;antifas&nbsp;&raquo;, comme ils se font appeler, restent droits dans leurs baskets (ou leurs doc Martens, c&#8217;est selon) : &laquo;&nbsp;Nous, on s&#8217;en fout complètement de la politique et des partis. Pour la plupart, on ne va même pas voter aux présidentielles&nbsp;&raquo;, affirme un professeur des écoles de 26 ans, qui fait partie du collectif &laquo;&nbsp;Breizh Résistance&nbsp;&raquo;. La motivation première, c&#8217;est s&#8217;opposer aux petits fachos qui tenteraient d&#8217;endoctriner les &laquo;&nbsp;brebis galeuses&nbsp;&raquo; et de faire proliférer leurs idées. Quitte à recourir à la violence. Dernier fait en date, le procès des patrons du Fleurte café, à Rennes, le mercredi 7 mars dernier, épilogue peu glorieux des incidents de l&#8217;an dernier, entre jeunes radicaux de gauche et membres du groupuscule identitaire <a href="http://www.egaliteetreconciliation.fr" target="_blank">Égalité &amp; Réconciliation</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce coté radical, Martin (le prénom a été modifié), 21 ans, en parle mieux que quiconque. Il a été un antifa parfois adepte des combats de rue, dans une autre jeunesse, à Angers. Approché par certains ainés au discours bien rodé, à l&#8217;époque où il pratiquait la boxe, il reconnaît les dérives, effleurant les contours de ce qui semble être un secret de polichinelle dans le milieu militant : &laquo;&nbsp;J&#8217;étais super innocent, j&#8217;avais 15 ans. Je ne pensais pas que ça serait si direct la première fois. On se rencardait avec les racistes pour se bastonner. J&#8217;ai déjà fini avec des bleus et le nez en sang. Je passais des journées entières après à rester dans mon lit pour ne pas que ma mère voit ma tête. J&#8217;essayais de cacher tout ça&nbsp;&raquo;. Quant aux procédés, ça peut faire froid dans le dos : &laquo;&nbsp;Chaque camp se renseignait sur celui d&#8217;en face, récupérait des coordonnées, des adresses personnelles de mecs à taper ou caillasser. Il y avait des infiltrations, des filatures&#8230; On devenait paranoïaques à force. C&#8217;était sans fin. Il n&#8217;y avait pas de discussion possible et j&#8217;ai fini par comprendre que ça ne menait à rien&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Désormais rennais, il se consacre plus volontiers à la rédaction de tracts pour les Indignés, participe aux prises de décision, construit sa conscience via les travaux d&#8217;économistes et chercheurs impliqués, s&#8217;informe sur le net en regardant jusqu&#8217;à trois heures par jour des conférences. Ce qui ferait oublier son accointance récente avec le milieu underground. Néanmoins, la nuance est nécessaire, car cantonner les antifas à la violence serait trop réducteur. À titre plus individuels, certains sont fervents de concerts politisés punk ou hardcore et des manifestations unitaires, comme celle du 24 mars contre l&#8217;aéroport de Notre-Dame-des-Landes.</p>
<p style="text-align: justify;">La capacité à regrouper les troupes est un réel atout, selon notre jeune professeur : &laquo;&nbsp;Une quinzaine de personnes sur Rennes organise les réunions du collectif Antifasciste. Ça n&#8217;intéresse pas spécialement grand monde. Mais on parvient toujours à drainer une centaine de personnes sur nos actions, toutes tendances confondues, des anarchistes, au NPA, en passant par la CNT&nbsp;&raquo;. Reste que si l&#8217;idée d&#8217;opposition récurrente à l&#8217;extrême droite ne heurte pas les autres groupes, beaucoup de militants font état d&#8217;une incompréhension face aux moyens utilisés.</p>
<h1>Pas tous a-partisans, pas tous participants</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Dans le socle commun des nombreuses convictions, une majorité de jeunes des mouvances alternatives et libertaires sont contre le vote. À ceci près que l&#8217;exception confirme de temps à autre la règle. La rencontre d&#8217;un lycéen de 19 ans, qui participe aux actions des antifas, mais aussi à l&#8217;aide aux sans-abris, assène un coup au prétendu adage anti-partis : &laquo;&nbsp;J&#8217;ai pas mal milité pour la LCR dès mes 14 ans, puis pour le NPA. Mais je l&#8217;ai quitté il y a peu, à cause du bazar interne. Pour la présidentielle, je pense tracter et coller pour le Front de Gauche [...] Par rapport à 68, la situation a évolué. Avant, quand tu disais que t&#8217;étais de gauche, tu étais dans la bonne tendance. Maintenant, quand tu le dis, on te prend pour un con. Mais tant mieux, ça me renforce dans mes convictions&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette volonté d&#8217;agir pour influer sur le poids d&#8217;un candidat dans l&#8217;urne reste néanmoins marginale. Comme l&#8217;explique Claude, 56 balais, fédéré anarcho-syndicaliste du groupe &laquo;&nbsp;La sociale&nbsp;&raquo; et permanent à la librairie anarchiste de Rennes : &laquo;&nbsp;L&#8217;idée de prendre le pouvoir par les armes, c&#8217;est fini ! Les jeunes d&#8217;aujourd&#8217;hui ne croient plus à la politique et votent surtout par contestation. Ils voient bien que les partis de l&#8217;extrême gauche se font tous aspirer par les grands partis&nbsp;&raquo;. Alors l&#8217;intérêt, à l&#8217;image de certains et certaines comme Cindy, 30 ans, c&#8217;est de tisser des liens à l&#8217;étranger et élargir le réseau des révoltés. La branche jeunesse des anarchistes, réunis sous le nom &laquo;&nbsp;La Digne Rage&nbsp;&raquo;, œuvre surtout dans la culture zapatiste. Cindy raconte : &laquo;&nbsp;En 2008, j&#8217;ai voyagé deux mois dans les communautés zapatistes d&#8217;Amérique Latine, avec une grande caravane. On était 250, dont dix français. Ce genre d&#8217;initiation permet de s&#8217;enrichir, de ramener des conférenciers crédibles ou des documentaires de là-bas&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout fraîchement encarté à la fédération anarchiste de Rennes, Maxime, du haut de ses vingt-trois printemps, fait quant à lui figure de novice en matière de lutte. Un peu paumé dans cette ville qu&#8217;il connait mal, il aspire tout de même à rentrer en contact avec d&#8217;autres militants d&#8217;extrême gauche. Mais la participation aux actions, ce n&#8217;est pas pour tout de suite. &laquo;&nbsp;Je suis plutôt du genre à m&#8217;enfermer chez moi quand j&#8217;ai du temps, et dévorer mes livres sur le trotskisme, concède-t-il. Je pense être comme beaucoup d&#8217;autres jeunes de ce mouvement, c&#8217;est à dire, passionné par la politique mais militant à l&#8217;envie et quand j&#8217;ai le temps&nbsp;&raquo;.</p>
<h1 style="text-align: justify;">Contre la criminalisation des militants de gauche</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Au final, qu&#8217;on se le dise, comme d&#8217;autres militants partisans, ceux de la gauche marginale arborent une culture solide en matière d&#8217;économie solidaire, de politique sociale et de luttes des classes. À la différence qu&#8217;ils ont presque exclusivement recours à leurs propres ressources médiatiques. Parfois indépendantes (comme <a href="http://www.monde-libertaire.fr/" target="_blank">Le Monde Libertaire</a>, <a href="http://www.cequilfautdetruire.org/" target="_blank">CQFD</a>, ou les différents blogs Internet), toujours alternatives. Le but est de se sentir représenté par des écrits en phase avec leur idéologie. Peu importe qu&#8217;aucun autre son de cloche ne se fasse entendre. Pour Élodie, 27 ans, il y a aussi la volonté délibérée de faire la nique aux grands médias coercitifs, pas assez engagés. Cette militante du MCPL pèse bien ses mots et évoque une question de principe : &laquo;&nbsp;Les journaux locaux et nationaux criminalisent vachement nos actions. Ils ne rendent pas compte du fond, c&#8217;est biaisé. En plus, les médias appartiennent à des grands actionnaires, qui dirigent l&#8217;information à leur sauce. Je me vois mal, moi, jeune chômeuse précaire, aller témoigner pour TF1, qui est détenu par Bouygues. On n&#8217;est pas des gens du même côté de la barrière. Et comme chez nous, il n&#8217;y a aucun employé à IBM et qu&#8217;on n&#8217;a pas des super mécènes&#8230;&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Pas besoin de dessiner la suite du scénario. Pour mieux comprendre l&#8217;opinion que beaucoup de jeunes de la mouvance partagent, les lieux de réunions et d&#8217;informations sous-terrains ne manquent pas, comme le bar La Bascule ou le Papier Timbré (tenu par Jean-Marie Goater, <a href="http://jeanmariegoater2007.over-blog.fr/" target="_blank">jeanmariegoater2007.over-blog.fr</a>), ou encore les différents locaux réquisitionnés par les collectifs, ainsi que la librairie anar&#8217;. Preuve, s&#8217;il en est, que Rennes, terre de gauche depuis trois décennies, foisonne de lieux où s&#8217;exprime toujours pleinement le milieu alternatif, qu&#8217;il soit culturel, associatif, informationnel&#8230; ou politique, forcément.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Luca Andreolli</strong></p>
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		<title>Les jeunes et la webcampagne : un rendez-vous manqué ?</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 10:12:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
				<category><![CDATA[E-politique]]></category>
		<category><![CDATA[webcampagne]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="199" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/les-jeunes-et-la-webcampagne-300x199.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="les-jeunes-et-la-webcampagne" title="les-jeunes-et-la-webcampagne" /></p>Sur les sites d’information, dans la presse, on ne parle que d’elle. La webcampagne est "le" phénomène de l’élection présidentielle de 2012. Elle cible en particulier la jeunesse : mais quel est son impact réel quand une majorité de jeunes se désintéressent de la politique et s’informent encore via la télévision ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="199" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/les-jeunes-et-la-webcampagne-300x199.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="les-jeunes-et-la-webcampagne" title="les-jeunes-et-la-webcampagne" /></p><p style="text-align: justify;">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/sondage-ifop/les-jeunes-et-la-webcampagne.jpg" title="Les jeunes et la webcampagne" class="thickbox" rel="singlepic157" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-left" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/157__320x240_les-jeunes-et-la-webcampagne.jpg" alt="Les jeunes et la webcampagne" title="Les jeunes et la webcampagne" />
</a>
&laquo;&nbsp;J’utilise surtout Facebook pour garder contact avec des amis, pour échanger des vidéos ou des photos&#8230;&nbsp;&raquo; raconte Natacha. Et pour s’informer sur la campagne présidentielle ? &laquo;&nbsp;Pas vraiment&#8230; Je n’ai pas cette initiative. Je préfère la télévision.&nbsp;&raquo; Natacha, pur produit d’une génération ultra connectée ? Pas exactement, bien qu’elle surfe sur Facebook plus de deux heures par jour. À 22 ans, cette étudiante en psychologie se sent bien loin de ces préoccupations. &laquo;&nbsp;J’ai eu un ordinateur assez tard, explique-t-elle. On peut dire que je suis assez réfractaire aux nouvelles technologies. Pour moi, Internet est important mais pas essentiel. Je peux très bien m’en passer tout un week-end.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">De quoi décevoir les milliers de cybermilitants et de journalistes convaincus que l’élection présidentielle 2012 se joue en partie sur Internet. Webcampagne, e-campagne, netcampagne, campagne numérique ou digitale – on l’appellera comme on voudra : à en croire les médias elle est devenue incontournable pour tout candidat décidé à l’emporter.</p>
<p style="text-align: justify;">Les jeunes utilisent de plus en plus Internet pour suivre l’actualité, au détriment de la presse papier. Mais d’après une <a href="http://www.ifop.com/?option=com_publication&amp;type=poll&amp;id=1684" target="_blank">enquête de l’Ifop pour l’Anacej</a>, les 18-22 ans s’informent sur la campagne présidentielle principalement via la télévision (citée par 78% des sondés), les discussions avec la famille (43%) et les amis (33%). Seulement 29% des jeunes visitent les sites d’information ; ils ne sont que 9% à s’informer sur Facebook, et 7% à visiter les sites et les blogs des candidats.</p>
<h1>Derrière l’écran</h1>
<p style="text-align: justify;">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/sondage-ifop/sondage-ifop.jpg" title="Parmi les moyens suivants, quels sont ceux que vous utilisez principalement pour vous informer sur le déroulement de la campagne présidentielle ?
Source : Sondage Ifop pour l’Anacej" class="thickbox" rel="singlepic158" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-right" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/158__320x240_sondage-ifop.jpg" alt="Parmi les moyens suivants, quels sont ceux que vous utilisez principalement pour vous informer sur le déroulement de la campagne présidentielle ?" title="Parmi les moyens suivants, quels sont ceux que vous utilisez principalement pour vous informer sur le déroulement de la campagne présidentielle ?" />
</a>
Pour Émilie, 25 ans, la télévision représente pratiquement son seul lien avec l’actualité. Assistante commerciale pour une entreprise de carrosserie industrielle en Mayenne, elle utilise Internet surtout dans le cadre de son travail. Mais pour s’informer, elle regarde le &laquo;&nbsp;12h45&#8243; de M6 : le journal télévisé lui permet de &laquo;&nbsp;connaître les grandes lignes des programmes des candidats.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Natacha, notre étudiante enthousiaste et curieuse, se passionne quant à elle pour les programmes de la télévision publique liés à l’actualité sociale, politique et culturelle. C dans l’air (France 5), Ce soir ou jamais (France 3), On n’est pas couché (France 2) : &laquo;&nbsp;J’adore ces émissions-là ! s’exclame-t-elle. Même si ce sont souvent les mêmes invités.&nbsp;&raquo; En revanche, elle ne lit jamais la presse, écoute rarement la radio, et utilise assez peu Internet pour suivre l’actualité.</p>
<p style="text-align: justify;">À 26 ans, Tony passe facilement trois heures par jour à naviguer sur le net. Quand ce jeune cheminot vannetais veut se tenir au courant de l’actualité, c’est MinuteBuzz.com qu’il consulte. Une large part de son temps est consacrée à Facebook, que ce passionné d’électro utilise en priorité pour échanger avec ses amis, mais également pour s’informer sur l’actualité musicale, et parfois politique. &laquo;&nbsp;Je vais voir des vidéos sur la politique par exemple. Et je suis abonné à des groupes comme “L’Éveil“, “Réelle démocratie maintenant“, “Ce que cachent vos médias“&#8230;&nbsp;&raquo; détaille-t-il. Sa première source d’information ? &laquo;&nbsp;Internet sans hésiter.&nbsp;&raquo; Puis la radio et son entourage, en particulier ses collègues de travail, avec lesquels le jeune cheminot parle régulièrement de politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les discussions avec l’entourage familial et amical constituent une des premières sources d’informations des jeunes sur la campagne présidentielle, cette relation se prolonge bien souvent sur les réseaux sociaux. Natacha par exemple consulte régulièrement des vidéos ou des articles postés par sa tante maternelle sur Facebook. &laquo;&nbsp;Elle est très politisée, explique-t-elle dans un sourire affectueux. Quand je ne comprends pas certains trucs, je lui pose des questions. Elle m’aide à aller plus en profondeur.&nbsp;&raquo;</p>
<h1>Peu de politique sur le web social</h1>
<p style="text-align: justify;">Les jeunes se pressent sur les réseaux sociaux : d’après <a href="http://www.ifop.com/media/poll/1671-1-study_file.pdf" target="_blank">une enquête de l’Ifop</a>, 76% des 18-24 ans possèdent un compte Facebook (contre 49% de l’ensemble de la population) et 15% sont sur Twitter. La jeunesse française constituerait donc un véritable vivier pour les webmilitants, qui se situent eux-mêmes bien souvent dans cette tranche d’âge. Mais les jeunes utilisent finalement assez peu les réseaux sociaux pour s’informer sur l’actualité politique. &laquo;&nbsp;Pour la majorité des internautes, il s’agit de gérer la sociabilité dans son coin&nbsp;&raquo;, constate Olivier Trédan, doctorant en Info-Com à l’IEP de Rennes. En effet, 7% seulement des internautes commenteraient régulièrement l’actualité politique sur Facebook et/ou Twitter. Même parmi les internautes les plus actifs, ils ne sont guère que 21% à être &laquo;&nbsp;amis&nbsp;&raquo; avec une ou plusieurs personnalités politiques, et 13% à être abonnés à la tweetline d’au moins une d’entre elles.</p>
<p style="text-align: justify;">La webcampagne ? Ni Natacha, Tony ou Émilie n’en ont pas entendu parler. Tous font le même constat. &laquo;&nbsp;Il faut que l’information vienne à moi&nbsp;&raquo; résume Émilie. &laquo;&nbsp;Si je ne fais pas la recherche, ils ne viendront pas me trouver !&nbsp;&raquo;, lance Tony. Dans une <a href="http://www.csa.eu/multimedia/data/sondages/data2012/opi20120217-note-d-analyse-la-webcampagne-2012.pdf" target="_blank">note d’analyse sur la webcampagne </a>datée de janvier 2012, l’institut CSA souligne que &laquo;&nbsp;le web social peine à se diffuser au sein du grand public dans sa dimension politique.&nbsp;&raquo;</p>
<h1>E-passionnés</h1>
<p style="text-align: justify;">Qu’en est-il des &laquo;&nbsp;digital natives&nbsp;&raquo; engagés, des &laquo;&nbsp;militants du numérique&nbsp;&raquo; ? Sont- ils influencés par la webcampagne ? D’après Pascal Plantard, anthropologue spécialiste de la fracture numérique, &laquo;&nbsp;la cible que rate la communication de la campagne politique est là: les jeunes qui vont s’engager à fond pour un phénomène.&nbsp;&raquo; Léa et Caroline sont de ceux-là. Les deux jeunes femmes sont issues de familles éduquées qui leur ont transmis un certain goût de la politique et de l’engagement citoyen.</p>
<p style="text-align: justify;">Titulaire d’un BTS en informatique, étudiante en licence Usetic (Usages Socio-Éducatifs des Technologies de l’Information et de la Communication), Léa est également chargée de mission sur l’open-data à Rennes métropole et bénévole au sein de l’association Wikimedia depuis deux ans. Son engagement ? Il est numérique bien sûr. &laquo;&nbsp;Je suis militante dans un domaine précis : la liberté, la gratuité et la neutralité du net, les logiciels libres&#8230;&nbsp;&raquo; détaille cette Rennaise de 23 ans ultra-connectée. En 2007 elle aurait adoré voter, mais n’ayant pas atteint la majorité elle s’est contentée de suivre assidûment la campagne. Elle s’informait principalement sur les sites d’information : ses parents, grands amateurs de France Inter, n’avaient pas la télévision. Et pour les présidentielles de 2012 ? &laquo;&nbsp;Je suis l’actualité uniquement via Twitter.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas pour autant qu’elle s’abonnerait aux fils des personnalités politiques ou aux comptes officiels de campagne. &laquo;&nbsp;Ça manque de sens critique, tranche-t- elle. C’est plus intéressant de suivre des gens qui analysent.&nbsp;&raquo; À savoir quelques journalistes et des amis passionnés de politique. Comme beaucoup de jeunes, elle se dit &laquo;&nbsp;déçue de la politique&nbsp;&raquo; et s’en désintéresse, sauf quand il s’agit des sujets qui la passionnent. Elle attend des candidats qu’ils s’expriment sur la question du numérique : &laquo;&nbsp;Je ne désespère pas de trouver un candidat qui prenne parti sur la neutralité d’Internet.&nbsp;&raquo;</p>
<h1>Baroudeuse de la toile</h1>
<p style="text-align: justify;">Tout aussi mordue de pixels, Caroline a choisi d’en exploiter le potentiel artistique : elle termine cette année un Master d’Arts numériques à Rennes, après avoir suivi une formation de graphiste, puis de webdesigner. Fille de journalistes, cette brunette de 24 ans a grandi au milieu des piles de journaux. Aujourd’hui encore, elle ne revient jamais d’un week-end parisien chez les parents sans remplir sa valise des hebdos qu’elle n’a pas eu le temps de lire. Et avec Papa au Canard enchaîné et Maman à l’Assemblée nationale, les débats politiques c’est &laquo;&nbsp;quasiment à chaque repas&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Je n’ai jamais loupé une élection, affirme-t-elle. C’est très important de voter. C’est le moment où pour une fois tu peux t’exprimer&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour s’informer sur l’actualité, Caroline consulte de nombreux sites d’information et lit les journaux à l’occasion. Mais elle se sert surtout des réseaux sociaux: abonnée aux pages Facebook de nombreux titres de presse, elle s’efforce d’être particulièrement attentive à l’actualité de la campagne. D’autant que depuis deux ans, elle travaille sur <a href="http://vavisetvote.com/" target="_blank">Va, vis et vote !</a>, une affiche interactive dont l’objectif est d’inciter les gens à voter. Ce projet de recherche engagé – mais non partisan – l’oblige à écumer les sites des candidats et de leurs partis : la webcampagne, elle connaît ! Baroudeuse de la toile et habituée aux discours politiques, elle n’est pas prête à se laisser berner par le premier venu : &laquo;&nbsp;Je n’ai plus le même regard qu’avant. Je sais comment les connexions se font, comment fonctionne le référencement. Je suis plus attentive, je ne vais pas me contenter du contenu. Je vais regarder pour qui c’est écrit, quels sont les liens recommandés, etc. Il faut avoir conscience de toutes ces choses, on peut facilement se faire manipuler.&nbsp;&raquo;</p>
<h1>Les cybermilitants parlent aux sympathisants</h1>
<p style="text-align: justify;">Si la webcampagne &laquo;&nbsp;rate&nbsp;&raquo; les internautes engagés les plus actifs, comme Caroline et Léa, n’est-ce pas justement parce qu’ils en comprennent parfaitement le fonctionnement et l’observent d’un œil critique ? Caroline estime que la campagne numérique &laquo;&nbsp;n’a pas d’influence sur son opinion&nbsp;&raquo;, malgré les heures quotidiennes consacrées à surfer sur le net. &laquo;&nbsp;Je prends tout ça avec des pincettes&nbsp;&raquo; explique-t-elle. La communication des candidats, sur Internet comme ailleurs, &laquo;&nbsp;est terriblement maîtrisée&nbsp;&raquo; et tout ça l’énerve un peu. &laquo;&nbsp;Ils s’adressent à la presse. À des réseaux de connaissance qui échappent aux citoyens lambda. Du coup, il y a une surenchère totale dans les médias. Ça devient un concours du nombre de “j’aime“. Il y a quelque chose d’absurde là-dedans.&nbsp;&raquo; Elle admet pourtant que la webcampagne parvient à toucher les jeunes dans une certaine mesure. Par exemple, lorsque des cybermilitants détournent l’affiche de campagne de Nicolas Sarkozy : &laquo;&nbsp;ça tourne plus que sa dernière proposition&nbsp;&raquo;, constate Caroline. La jeunesse serait plus sensible à l’humour des webmilitants qu’aux idées de leurs candidats.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Pascal Plantard, les partis politiques &laquo;&nbsp;passent à côté de l’électorat jeune&nbsp;&raquo; sur Internet. La webcampagne semble surtout s’adresser à certains profils de jeunes : des internautes actifs, des passionnés de politiques, des étudiants en journalisme ou en sciences politiques. Une population éduquée qui utilise Internet – en particulier les réseaux sociaux – pour suivre l’actualité politique : elle croise ainsi la route des cybermilitants. Comme le souligne Olivier Trédan à propos des internautes qui visitent les sites des partis, les blogs de militants ou sont abonnés aux comptes Facebook et Twitter des candidats : &laquo;&nbsp;Ce serait intéressant s’il s’agissait d’indécis&#8230;&nbsp;&raquo; Mais ce sont plutôt des sympathisants qui suivent l’actualité de leur candidat favori.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Anne Royer</strong></p>
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		<title>Comme papa, ils regardent à gauche</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 10:12:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éveil]]></category>
		<category><![CDATA[heritage]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="170" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/03/La-politique-en-heritage-2-300x170.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="La-politique-en-heritage-2" title="La-politique-en-heritage-2" /></p>S'il existait un cliché de l'alignement politique des enfants sur celui des parents, la famille Gizard en serait l'illustration. Le père, Xavier, milite au Parti socialiste depuis plusieurs années. Sa femme, bien que non encartée, partage souvent les mêmes idées. De fait, les enfants emboîtent le pas, ce qui ne les empêche pas de se chercher encore. En attendant de brandir, peut-être, le poing et la rose, ils gardent le cœur bien accroché à gauche.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="170" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/03/La-politique-en-heritage-2-300x170.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="La-politique-en-heritage-2" title="La-politique-en-heritage-2" /></p><p align="JUSTIFY">&laquo;&nbsp;Aujourd&#8217;hui, la politique c&#8217;est pratiquement du temps plein chez nous.&nbsp;&raquo; Adeline, 51 ans, l&#8217;affirme : pas un jour ne se passe sans qu&#8217;elle et son mari abordent les présidentielles avec leurs enfants. Chez la famille Gizard, difficile de passer à côté de l&#8217;actualité politique. Le matin, la radio résonne dans la maison et l&#8217;on peut trouver, dans chaque pièce, des magazines et journaux à foison. Dressée contre un mur dans le bureau du père, la bibliothèque est remplie d&#8217;ouvrages culturels, politiques et littéraires. Bercée par ces références communes, Louise, quinze ans, ne regarde pas la télévision avant d&#8217;aller en cours, comme peuvent le faire certains de ses camarades. Elle préfère écouter l&#8217;émission de Pascale Clark sur France Inter.</p>
<p align="JUSTIFY">Avec un père très impliqué au Parti socialiste, Louise et son frère de 17 ans, Benjamin, ont toujours baigné dans la politique. Dès leur plus jeune âge, leurs parents les emmènent à tous les dépouillements de Campel, leur commune située au sud-ouest de Rennes.<em> &laquo;&nbsp;C&#8217;est une grande école de la démocratie !&nbsp;&raquo;</em>, soutient leur père, Xavier, 61 ans. Ce dernier a construit toute sa carrière professionnelle autour du développement régional et local. Secrétaire général de la Conférence des régions périphériques maritimes, un &laquo;&nbsp;think tank&nbsp;&raquo; qui réunit près de 160 régions, il crée en 2008 une organisation mondiale des régions. Il est aujourd&#8217;hui directeur de campagne du Parti socialiste dans la circonscription de Redon, pour les présidentielles et les législatives. Après avoir adhéré au parti en 1974, il s&#8217;en est retiré à plusieurs reprises, surtout afin d&#8217;éviter les étiquettes politiques durant sa vie professionnelle. Il n&#8217;a repris sa carte qu&#8217;il y a quatre ans. Aujourd&#8217;hui très actif dans sa commune, il hésite encore à se présenter aux prochaines municipales. Il avait déjà monté une liste de <em>&laquo;&nbsp;rurbains&nbsp;&raquo;</em> il y a quatre ans, qui avait récolté 48% des voix.</p>

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<h1>Tous concernés, pas tous partisans</h1>
<p>Bien qu&#8217;elle partage les mêmes idées politiques, sa femme ne souhaite pas adhérer au PS. Elle ne l&#8217;a fait qu&#8217;une seule fois, dans un contexte particulier : elle était alors suppléante du candidat de ce parti lors des dernières cantonales. <em>&laquo;&nbsp;Je trouvais cohérent de prendre ma carte et de militer pendant cette période là. Je n&#8217;ai jamais milité auparavant, mais j&#8217;ai toujours été sympathisante&nbsp;&raquo;</em>, explique-t-elle. Pour Adeline comme pour son fils, ne pas être encarté rime avec liberté. À propos de l&#8217;éventuelle adhésion à un parti, Benjamin lâche dans un soupir : <em>&laquo;&nbsp;Oh non, la flemme&#8230;&nbsp;&raquo;</em> Mais derrière cette apparente légèreté, son argumentation est bien réfléchie :<em> &laquo;&nbsp;Aucun parti ne me correspond. Si je prenais vraiment toutes les idées qui me plaisaient, ce serait une synthèse entre différents partis.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p align="JUSTIFY">Louise, elle, avoue être <em>&laquo;&nbsp;extrêmement influençable&nbsp;&raquo;</em>. Pour cette grande fan du Petit journal sur Canal+, le fait que Jean-Luc Mélenchon ait choisi de boycotter les journalistes de Yann Barthès est <em>&laquo;&nbsp;franchement moyen pour la liberté de la presse&nbsp;&raquo;</em>. Malgré son jeune âge, elle affiche aussi ses convictions politiques : <em>&laquo;&nbsp;Pour l&#8217;instant, je découvre toute la campagne. C&#8217;est la première année que je m&#8217;intéresse autant à la politique. Je suis plus attirée par le Parti socialiste&nbsp;&raquo;</em>, explique-t-elle. Louise et Benjamin ont d&#8217;ailleurs insisté auprès de leurs parents pour aller voir le meeting de François Hollande à Rennes.</p>
<p align="JUSTIFY">
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/heritage/la-politique-en-heritage.jpg" title="Louise et Benjamin regardent souvent des débats télévisés avec leurs parents, dans le salon. Mais les documentaires, sans façon. &quot;On essaye de leur en faire voir, mais on échoue complètement, reconnaît leur père. C'est nous qui les regardons.&quot;" class="thickbox" rel="singlepic139" >
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</a>
Lorsqu&#8217;à table ils évoquent les débats télévisés qu&#8217;ils ont visionnés, le ton ne monte jamais. Au coin du feu apaisant de leur cheminée, ils se contentent d&#8217;échanger leurs impressions. Cette image feutrée renvoie à un tableau de famille où le consensus est vite trouvé. <em>&laquo;&nbsp;Il y a parfois des choses qu&#8217;on n&#8217;a pas vues ou qu&#8217;on n&#8217;a pas ressenties de la même manière, mais ça s&#8217;arrête là&nbsp;&raquo;</em>, commente Adeline. Ses convictions coïncident si bien avec celles de son conjoint qu&#8217;ils en arrivent parfois à voter pour un même candidat, et sans le savoir. En témoigne cet échange pris sur le vif : <em>&laquo;&nbsp;Pour les primaires, on avait chacun son candidat. Moi c&#8217;était Montebourg, toi tu hésitais entre Aubry et Hollande&nbsp;&raquo;</em>, tente de souligner Adeline, les yeux rivés vers son mari.<em> </em>Il réagit :<em> &laquo;&nbsp;Ah non, j&#8217;ai voté Montebourg aussi.&nbsp;&raquo;</em> Le quiproquo se répète sur la question du second tour. Xavier pense que sa femme a opté pour Martine Aubry, mais à nouveau, son alter-égo lui donne la réplique : ils ont tous les deux voté pour François Hollande.</p>
<p align="JUSTIFY">Toutefois, si les contradictions sont rares entre eux quatre, tout devient plus compliqué avec les autres membres de la famille. Adeline précise : <em>&laquo;&nbsp;On aborde la politique uniquement avec ceux qui votent comme nous.&nbsp;&raquo;</em> Il en va de même pour les amis : <em>&laquo;&nbsp;Ils se moquent de nous gentiment parce qu&#8217;ils pensent que Hollande n&#8217;a pas la carrure d&#8217;un président et qu&#8217;il est minable. Nous on blague un peu mais on s&#8217;abstient. Au final, chacun reste sur ses positions.&nbsp;&raquo; </em>Et Xavier d&#8217;entériner :<em> &laquo;&nbsp;Ca ne sert à rien d&#8217;en parler.&nbsp;&raquo;</em></p>
<h1 align="JUSTIFY"><em></em>Les enfants à l&#8217;aube d&#8217;une conscience plus aboutie</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>De leur côté, Louise et Benjamin n&#8217;hésitent pas à aborder le sujet avec leur entourage. Actuellement en troisième, Louise regrette que ses camarades ne s&#8217;intéressent pas davantage à la politique : <em>&laquo;&nbsp;Je suis un peu seule au milieu de 400 élèves. Au collège, je suis étiquetée fan de politique.&nbsp;&raquo; </em>Chaque jour, elle fait du racisme et des injustices son fer de lance, à l&#8217;instar de son frère et de ses parents :<em> &laquo;&nbsp;Je milite énormément, parce qu&#8217;ici la plupart des élèves sont très lepénistes avec des idées très racistes, donc je fais tout mon possible pour les faire changer d&#8217;avis.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p align="JUSTIFY">Benjamin, en terminale littéraire, admet qu&#8217;il y a bien <em>&laquo;&nbsp;un dégoût des jeunes pour la politique&nbsp;&raquo;</em>, même si c&#8217;est moins le cas au lycée. Mais pour lui, ce n&#8217;est pas révélateur d&#8217;un quelconque désintérêt : <em>&laquo;&nbsp;Les jeunes ne se retrouvent pas dans ce qu&#8217;incarnent les hommes politiques d&#8217;aujourd&#8217;hui. En général, dès qu&#8217;ils avancent quelque chose pour les étudiants, c&#8217;est une manœuvre politique et démagogique pour essayer d&#8217;avoir des voix.&nbsp;&raquo; </em>Ce qui ne remet néanmoins pas en cause son attrait pour la politique, qu&#8217;il tient en partie de son professeur de philosophie. Il suit d&#8217;ailleurs une préparation intégrée au lycée, dans l&#8217;optique de présenter les concours d&#8217;entrée à Sciences Po. En l&#8217;occurrence, il ne cache pas que cette sensibilité de gauche lui vient surtout de ses parents, de la même manière qu&#8217;Adeline a pu la tenir des siens. Pour le symbole, elle habitait d&#8217;ailleurs avec eux dans la ville de Georges Marchais. <em>&laquo;&nbsp;Mes parents étaient de gauche, bien que n&#8217;ayant jamais voté, </em>se souvient-elle.<em> Ils étaient portugais et n&#8217;avaient pas le droit de vote, mais ils s&#8217;intéressaient beaucoup à la politique.&nbsp;&raquo;</em></p>
<h1 align="JUSTIFY"><em></em>&laquo;&nbsp;Avant les partis, il y a les valeurs&nbsp;&raquo;</h1>
<p align="JUSTIFY"><strong></strong>Mais si l&#8217;héritage est clairement à gauche pour Adeline, celui de son conjoint est tout autre. <em>&laquo;&nbsp;Mon père était royaliste. C&#8217;était le plus à gauche de la famille car il était gaulliste. Mais tous les autres étaient de la droite traditionnelle, voire d&#8217;extrême-droite.&nbsp;&raquo; </em>Sa mère s&#8217;est mise à voter à gauche quand elle est devenue salariée à cinquante ans. <em>&laquo;&nbsp;Tout à coup, elle s&#8217;est aperçue que c&#8217;était plus de ce côté-là que les choses se passaient pour elle&nbsp;&raquo;</em>, commente Xavier. Force est de constater que c&#8217;est donc seul qu&#8217;il a dû façonner sa conscience politique actuelle. Dans les années 1960, son initiation est passée par la Jeunesse étudiante chrétienne et l&#8217;Union des étudiants communistes, mais également par des syndicats comme l&#8217;Unef ou la CFDT. Alors qu&#8217;il habitait sur Paris dans les années 1970, il se souvient avoir fait <em>&laquo;&nbsp;tous les Bastille-Nation imaginables&nbsp;&raquo;</em> du programme commun de la gauche. Et lorsque le combat contre le pouvoir était à son apogée, en mai 68, il occupait un poste qui en dit long sur son engagement :<em> &laquo;&nbsp;J&#8217;étais trésorier de la Sorbonne&nbsp;&raquo;</em>, confie-t-il avec le sourire.</p>
<p align="JUSTIFY">Malgré de fortes oppositions au sein de sa famille, ses parents ont toujours été <em>&laquo;&nbsp;ouverts et très respectueux des itinéraires de leurs enfants.&nbsp;&raquo;</em> C&#8217;est aujourd&#8217;hui ce que veulent transmettre Adeline et Xavier à leurs propres rejetons. Pour eux, <em>&laquo;&nbsp;avant les partis, il y a des valeurs, une vision de la vie ensemble, du partage en commun.&nbsp;&raquo;</em> Toutefois, Xavier le concède : si sa fille votait pour le Front National, il serait <em>&laquo;&nbsp;très triste </em>». Ce à quoi Louise ne manque pas de rétorquer : <em>&laquo;&nbsp;Je pense qu&#8217;avec l&#8217;éducation que vous nous avez donnée, devenir extrémiste pour nous, ce n&#8217;est pas une option.&nbsp;&raquo;</em> D&#8217;autant plus qu&#8217;elle devra attendre trois ans avant de pouvoir voter. Contrairement à son frère qui, à quelques mois près, aurait pu mettre son bulletin dans l&#8217;urne, Louise ne semble pas trop frustrée : <em>&laquo;&nbsp;J&#8217;ai des parents qui ont à peu près les mêmes opinions que moi, donc mon vote est avec eux !&nbsp;&raquo; </em>Une fois de plus, elle réaffirme l&#8217;influence de l&#8217;héritage familial sur ses préférences. Comme ses parents, elle aurait voté pour François Hollande.</p>
<p style="text-align: right;"> <strong style="text-align: right;">Rozenn Le Carboulec</strong></p>
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		<title>Frédéric Bourcier : &#171;&#160;Il ne faut pas assigner les jeunes à résidence&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 10:12:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Quartier]]></category>
		<category><![CDATA[assos]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="300" height="225" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/03/Frederic-Bourcier-300x225.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Frederic-Bourcier" title="Frederic-Bourcier" /></p>Face aux revendications émanant des quartiers, Frédéric Bourcier, adjoint au maire de Rennes et élu du quartier du Blosne, fait un constat de la situation économique et sociale de ces jeunes. Il est selon lui indispensable de lutter contre la fracture scolaire pour améliorer leurs chances de réussite, et leur avenir.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="300" height="225" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/03/Frederic-Bourcier-300x225.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Frederic-Bourcier" title="Frederic-Bourcier" /></p>
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/fbourcier/frederic-bourcier.jpg" title="&lt;b&gt;Frédéric Bourcier&lt;/b&gt;
46 ans, élu du Blosne et délégué à l'urbanisme et à l'aménagement" class="thickbox" rel="singlepic135" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-right" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/135__320x240_frederic-bourcier.jpg" alt="Frédéric Bourcier" title="Frédéric Bourcier" />
</a>

<p><strong>À Rennes, les jeunes du quartier du Blosne ont de nombreuses revendications, notamment en ce qui concerne le secteur de l&#8217;emploi. Quel est votre sentiment à ce sujet ?</strong></p>
<p><strong></strong>Je milite dans ce quartier depuis 1994 et c&#8217;est pour moi un sujet important. Il y a une singularité dans le quartier du Blosne : nous avons plus de chômage que dans le reste de l&#8217;agglomération. On a relevé le chiffre de +47% de chômage pour les moins de 25 ans entre mars 2008 et mars 2010.<br />
Ce constat s&#8217;explique par deux choses : la conjoncture d&#8217;abord, car il y a une crise du secteur automobile, ainsi qu&#8217;un ralentissement dans le domaine du BTP. De nombreuses personnes au Blosne dépendent de ces secteurs.<br />
Du point de vue culturel, cela nous ramène au fait que le système éducatif en France est discriminatoire. Il y a un problème à la fois d&#8217;offre éducative et d&#8217;orientation pour ces jeunes. Dès la 3ème avec le stage de sensibilisation, c’est la galère pour eux. À partir du moment où ils disent qu&#8217;ils sont du Blosne, ils ont plus de difficultés que les autres à trouver des stages et à avancer.</p>
<p><strong>Qu&#8217;est ce qui est fait pour améliorer cette situation ?</strong></p>
<p><strong></strong>Dans le quartier, les jeunes ont plus de difficultés sociales et économiques que le reste de la jeunesse rennaise. Il faut donc commencer par lutter contre la fracture scolaire, car tout est lié. Quand vous avez moins accès, en dehors de l&#8217;école, à un certain nombre d&#8217;activités, cela pèse beaucoup sur l&#8217;avenir. On essaie d’élargir le champ culturel en leur permettant d’aller fréquenter les Champs libres, d’aller au TNB (Théâtre National de Bretagne), de faire des classes d’échanges. C’est fondamental pour leur avenir.<br />
Il faut donc renforcer l&#8217;accessibilité à la culture en dehors de l&#8217;école car l&#8217;un des enjeux, y compris pour l&#8217;emploi, c&#8217;est de ne pas être assigné à résidence. Ces jeunes n&#8217;ont pas vocation à rester enfermés dans leur quartier et encore moins à travailler pour le BTP ou l&#8217;agro-alimentaire. Ayant moi même vécu dans ce genre de quartier quand j&#8217;étais gamin, j&#8217;ai vu mes copains manquer d&#8217;ambitions alors que le potentiel était là. Malheureusement, ces mécanismes dépassent l&#8217;action municipale. Il y a encore des logiques dans notre société qui sont très marquantes pour ces jeunes et dont ils subissent les conséquences.</p>
<h1>&laquo;&nbsp;L’un des enjeux pour ces jeunes est de ne pas les assigner à résidence.&nbsp;&raquo;</h1>
<p><strong>De nombreux jeunes disent régulièrement au sujet des politiques : &laquo;&nbsp;On n’est pas pris en compte.&nbsp;&raquo; Que pensez-vous de ce discours ?</strong></p>
<p>Ce n’est pas vrai. Beaucoup de jeunes se fédèrent pour faire entendre leurs voix, notamment à travers le domaine associatif. Mais il y en a encore beaucoup qui restent dans l&#8217;isolement. La réalité c&#8217;est qu&#8217;ils sont peu nombreux à s&#8217;exprimer dans l&#8217;espace public. C&#8217;est ça la réalité du quartier : un fort isolement vis-à-vis du reste de la cité.</p>
<p><strong>Que faire alors pour lutter contre cet isolement ?</strong></p>
<p>Le problème c&#8217;est la relation qui existe entre les jeunes et les politiques. Dans un quartier comme le Blosne, les jeunes se demandent &laquo;&nbsp;Quelle légitimité j&#8217;ai à aller interpeller l&#8217;institution ?&nbsp;&raquo; C&#8217;est une vraie question car cela renvoie aux codes de chacun. Il faut que les institutions comprennent les jeunes et inversement. Ces jeunes doivent participer, c&#8217;est une nécessité citoyenne et démocratique. On a une représentation de la jeunesse des quartiers en France qui est effrayante. On avance quand les jeunes proposent des projets dans les conseils de quartiers, et font entendre leur voix.</p>
<p><strong>Les jeunes disent souvent : &laquo;&nbsp;On ne voit pas assez les élus sur le terrain&nbsp;&raquo;. Qu’avez-vous à leur répondre ?</strong></p>
<p>C’est normal. Je suis élu d’un quartier de 18 000 habitants. Je vois le quartier beaucoup plus que les gens ne me voient. Je suis entre quinze et trente heures dans le quartier, entre les réunions, les manifestations, les rendez-vous. Mais je peux vous dire que les jeunes savent me trouver. J’entends le fait que les gens ne me voient pas. La relation ne relève pas du voisinage, c’est évident. Mais les lieux de discussions sont là. Il faut être capable de trouver des cadres pour permettre à la demande de s’exprimer. Et puis, par moments les jeunes s’expriment et par moments ils n’y arrivent pas.</p>
<h1>&laquo;&nbsp;Il faut sortir des représentations&nbsp;&raquo;</h1>
<p><strong>Pensez vous qu&#8217;il y ait une défiance des jeunes du quartier à l&#8217;égard de la politique ?</strong></p>
<p>Il faut d&#8217;abord distinguer ceux qui ne sont pas connectés à la politique et ceux qui s&#8217;engagent dans les associations. Mais il existe une réalité : pour cette génération-là, c&#8217;est plus dur de s&#8217;insérer et de s&#8217;intégrer. Et il y a un manque de représentativité des jeunes de quartier au sein du personnel politique. Selon moi, la France a un vrai problème avec les jeunes issus de l&#8217;immigration, et la politique n&#8217;est pas complètement exempte de cela non plus. La société fonctionne beaucoup sur le mode des représentations, des clichés. Vous avez des personnes qui vont avoir peur des jeunes du Blosne car ils auront vu 25 fois sur TF1 des jeunes faire les cons en banlieue. Ce n’est pas la réalité, mais on vit avec ça !<br />
La République a un problème avec les jeunes des quartiers. Résultat : les jeunes ont un problème avec la République. Si on donne le sentiment à ces jeunes que l&#8217;égalité n&#8217;existe pas et que la liberté c&#8217;est pour les autres, on est sûr de ne pas avoir de fraternité. Les politiques ont leur part de responsabilités, mais la société toute entière aussi. Il faut sortir de ces représentations et voir quelles sont les situations de blocages.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Propos recueillis par Julie Langlois</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-family: 'Times New Roman', serif; font-size: x-small;"><strong><br />
</strong></span></p>
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		<title>Société, tu m’auras pas</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 10:00:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Radical]]></category>
		<category><![CDATA[pacifistes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><img width="225" height="300" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Societe-tu-mauras-pas-225x300.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Societe-tu-mauras-pas" title="Societe-tu-mauras-pas" /></p>Diffusions de tracts, collages d’affiches nocturnes, comme tous les partis en lice pour les présidentielles de 2012, les militants du NPA occupent l’espace public. Malgré un faible taux d’intentions de votes pour leur candidat, la quinzaine de jeunes adhérents rennais reste mobilisée. En effet, s’ils sont peu représentés dans les institutions, c’est par les actions de terrain qu’ils souhaitent rallier les français à leur cause.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img width="225" height="300" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/uploads/2012/04/Societe-tu-mauras-pas-225x300.jpg" class="attachment-medium wp-post-image" alt="Societe-tu-mauras-pas" title="Societe-tu-mauras-pas" /></p><p style="text-align: justify;"><em>
<a href="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/societe/societe-tu-mauras-pas.jpg" title="" class="thickbox" rel="singlepic161" >
	<img class="ngg-singlepic ngg-right" src="http://www.jeunes-et-politique.com/wp-content/gallery/cache/161__320x240_societe-tu-mauras-pas.jpg" alt="Société, tu m’auras pas" title="Société, tu m’auras pas" />
</a>
&laquo;&nbsp;Pour le meeting de Philippe Poutou à Rennes !&nbsp;&raquo; </em>Sac au dos et keffieh autour du cou, Léa interpelle les passants qui arpentent le marché du Blosne en tendant ses tracts. C’est sous la pluie que Damien, Annaïck et Léa, militants du comité jeune du NPA <em>(Nouveau Parti Anti-capitaliste) </em>battent le pavé sur la place Zagreb, ce samedi matin, non loin des Jeunes Communistes et des écologistes d’EELV. Demain, ils placarderont des affiches au centre-ville, pour soutenir leur candidat.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi la quinzaine de jeunes militants actifs du comité de Rennes, ces trois étudiants rappellent que le NPA est plus <em>&laquo;&nbsp;un parti de terrain qu’un parti d’urnes.&nbsp;&raquo; </em>Une idée évoquée par l’auteur Philippe Pignarre*, ancien membre de la LCR : <em>&laquo;&nbsp;La gauche de la gauche se définit comme une opposition réelle, une opposition pratique, de terrain.&nbsp;&raquo; </em>C’est en invoquant ce motif, que la majorité nationale des militants NPA a refusé de faire bannière commune avec le Front de Gauche.</p>
<h1>L’attraction de la radicalité</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Léa, 20 ans, étudiante en histoire, affirme que c’est le côté révolutionnaire qui différencie son parti des autres. Une idée qui la séduit : <em>&laquo;&nbsp;Les extrêmes ont l’avantage de formuler des offres identitaires plus tranchées. Il y a un côté hors-système qui attire une jeunesse s’interrogeant de plus en plus sur son appartenance au système&nbsp;&raquo;, </em>explique Christian Le Bart, professeur de sociologie politique à l&#8217;IEP de Rennes.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&laquo;&nbsp;Au lycée on s’est bagarré contre la loi Chatel et la loi Darcos, </em>raconte Léa. <em>J’ai participé aux manifs dès la Seconde. Puis, en Première et en Terminale, j’ai intégré le comité de lutte, dirigé par les JCR (Jeunes Communistes Révolutionnaires). À l’époque, c’était les seuls présents sur le lycée.&nbsp;&raquo; </em>Après maintes discussions avec ses amis, avec des militants et grâce à des lectures personnelles, elle a conforté son idée d’intégrer le NPA. Selon Philippe Pignarre, nombreux sont les jeunes sans expérience politique préalable qui rallient ce parti aujourd’hui, pour soutenir ce qui leur semble <em>&laquo;&nbsp;le plus radical&nbsp;&raquo;. </em>Léa cotise chaque mois depuis le lycée et a poursuivi les luttes aux côtés des membres du NPA, une fois entrée à l’université.</p>
<h1>Se syndiquer pour être plus fort</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Comme ses camarades Jules, Titouan, Annaïck et Pia, elle s’est aussi syndiquée à l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) : <em>&laquo;&nbsp;On est plus pragmatique lorsqu’on est dans un syndicat. L’UNEF regroupe plusieurs tendances politiques. C’est un syndicat majoritairement présent à la fac. Il est bien structuré, ce qui permet d’être efficace.&nbsp;&raquo; </em>Beaucoup de jeunes du NPA estiment nécessaire de s’unir aux autres partis au sein d’une organisation syndicale, afin d’être mieux représentés sur le terrain. Parallèlement, ils souhaitent garder leurs idées <em>&laquo;&nbsp;pures&nbsp;&raquo; </em>au sein du parti, pour conserver une réelle opposition face à la gauche institutionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">En revanche, d’autres militants ont choisi de s’investir dans des syndicats plus proches de leurs idées. C’est le cas de Tangi, le benjamin du NPA de Rennes. Elève de dix-sept ans, il a décidé de remonter le syndicat Sud Lycéen dans son établissement. <em>&laquo;&nbsp;Lors des premiers mouvements sociaux dans mon lycée, il n’y avait pas de revendications concrètes. C’était plus un ras-le-bol général. Le fait de passer par un groupe formel, cela permet de mieux faire passer ses idées dans l’opinion publique.&nbsp;&raquo; </em>Pour lui, il est évident que la notion de syndicat effraie moins les élèves que la notion de parti.</p>
<h1>&laquo;&nbsp;Une réponse romantique à la violence du monde&nbsp;&raquo;</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Si certains soutiennent la campagne de Philippe Poutou, malgré le faible taux d’intentions de votes, d&#8217;autres estiment que c’est par les élus que les consciences évolueront. Jules, 18 ans, étudiant en biologie, fait partie de cette tendance unitaire du NPA favorable à des discussions avec le Front de Gauche. <em>&laquo;&nbsp;Il faut une démonstration des idées que nous voulons appliquer</em>. <em>Mélenchon les représente assez bien. Les consciences ne changeront pas en un jour. Tant que la majorité de la population n’a pas atteint un niveau de conscience politique suffisant, on ne pourra pas faire la révolution.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">C’est autour de motivations personnelles fortes que les militants ont rejoint ce parti. Ainsi, Titouan, 20 ans, étudiant en AES (Administration Economique et Sociale) s’est intéressé à la politique dès l’âge de 14 ans, à l’époque du génocide du Darfour. Plus globalement, des problèmes comme la faim dans le monde ont éveillé l’envie de se mobiliser chez ce jeune Nantais: <em>&laquo;&nbsp;Au lieu de râler dans son coin, il vaut mieux se regrouper, on est plus fort !&nbsp;&raquo; </em>Une idée partagée par Tangi, qui estime que ses camarades de classe sont moins attirés par le fait de voter que par le fait de changer le monde. Idéalistes, ils voient au-delà du vote national, et se sentent plus &laquo;&nbsp;internationalistes&nbsp;&raquo;. Selon Christian Le Bart, les jeunes qui s’engagent poursuivent cet idéal <em>&laquo;&nbsp;comme une réponse romantique à la violence du monde&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<h1>L’héritage familial en question</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Malgré un idéal porteur, les jeunes militants bien souvent, se renseignent sur d’autres partis avant d’adhérer au NPA. Titouan témoigne : <em>&laquo;&nbsp;A priori, j’étais de gauche, j’avais une fibre sociale. Je ne regardais pas à droite.&nbsp;&raquo; </em>En plus du rôle important des lectures, des pairs et des enseignants, la socialisation politique est souvent influencée par l’univers familial. Si la plupart des militants déclare avoir des parents peu politisés, ils reconnaissent s’être rendus, tout petit déjà, à des manifestations. Très souvent, certains membres de leur famille sont syndiqués ou sensibilisés à des causes sociales ou écologiques. &laquo;&nbsp;<em>La politisation ne tombe jamais du ciel. Souvent l’empreinte des parents est forte, ce que les jeunes militants ne reconnaissent pas forcément, </em>analyse Christian Le Bart. <em>Dans la perspective de la construction identitaire du jeune, il y a un besoin de rupture avec l’image de reproduction sociale, des schémas parentaux. Dans une dimension freudienne, on appelle ça la stratégie de distanciation.&nbsp;&raquo;</em></p>
<h1 style="text-align: justify;"><em></em>L’action : une euphorie collective</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Le militantisme reste cependant une activité très chronophage. La plupart de ces jeunes y consacre environ trois soirées par semaine, et n’ont plus tellement de temps pour des activités extra-scolaires ou associatives. Si dans l’opinion commune, ce milieu militant est perçu comme une grande famille, les membres eux, déclarent avoir besoin de fréquenter aussi des &laquo;&nbsp;potes&nbsp;&raquo; qui n’adhèrent pas au parti. Cela permet de rester ouvert à d’autres d’idées et d’éviter des conflits internes. Selon Christian Le Bart : <em>&laquo;&nbsp;L’action est une finalité en soi. Peu importe qu’elle débouche sur une victoire ou un échec. Ce qui compte, c’est l’euphorie collective.&nbsp;&raquo; </em>Les petites victoires, la frénésie de la préparation des campagnes et la force de conviction entretiennent aussi cette énergie collective. Ce qui n’empêche pas les militants de connaître de temps à autre, une démotivation passagère. Titouan, béret gris et tee-shirt rouge barré de la mention <em>Free Palestine</em>, estime avoir pris ses distances avec le parti, lors des derniers mois. Mais en ce moment, ce colleur d’affiche avéré trépigne : &laquo;&nbsp;<em>Je bouillonne, il faut que je retourne militer !&nbsp;&raquo;</em></p>
<h1 style="text-align: justify;"><em></em>L’attente du grand soir</h1>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Si l’action de terrain rassemble, la question du vote divise. Dans les locaux du NPA, Yves Juin, assis sous d’immenses tentures rouges à l’effigie de révolutionnaires, espère que la classe ouvrière ira voter en masse aux présidentielles de 2012.<em> </em>En mai 68, il revendiquait l’idée que les grands changements passeraient par la révolution et le boycott des urnes. <em>«Elections, piège à cons !&nbsp;&raquo; </em>Aujourd’hui âgé de 62 ans, ce candidat LCR aux législatives de 2007, regrette ce slogan. Un avis qui diverge de celui de certains jeunes militants actuels. Tangi, quant à lui, déclare que le premier point du programme du NPA, c’est justement la rupture avec le fonctionnement institutionnel actuel. S’il était majeur, il voterait blanc aux prochaines élections.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi au local, ça <em>clash</em> parfois entre les générations. Surtout que Yves, le verbe haut, ne mâche pas ses mots. De plus, en militant expérimenté, il s’enorgueillit de son rôle de chaperon: <em>&laquo;&nbsp;On transmet notre savoir-faire : on conseille les jeunes pour préparer les cortèges des manifs, écrire les tracts, organiser un débat.&nbsp;&raquo; </em>Avec du recul, il déplore tout de même son paternalisme dissuasif : <em>&laquo;&nbsp;Les jeunes ont des motivations sans limites ! Mais parfois, ils sont dans le flou. On les met en garde contre les erreurs à éviter. Nous aussi on voulait changer le monde. Et c’est le monde qui nous a changés.&nbsp;&raquo; </em>Moyennant quoi, Yves continue à se mobiliser, tout comme les jeunes. Il rappelle qu’en 1968 le climat politique était favorable aux actes révolutionnaires, même s’il précise : <em>&laquo;&nbsp;De nos jours le climat politique est différent. Mais le contexte économique est plus que propice à la révolution.&nbsp;&raquo; </em>Si les militants plus anciens ont en mémoire les victoires de Mai 1968 et la démission d’Alain Juppé en 1995, à tout âge chacun garde sa lueur d’espoir. Il est clair que la jeune génération a essuyé pas mal de défaites depuis les années 2000, mais parallèlement, elle est aussi très ouverte sur l’international. Les mouvements sociaux en Grèce, en Amérique latine, les Indignés d’Espagne, de Wall Street et surtout le Printemps arabe les poussent à continuer et à espérer la révolution en France. Une révolution, dont chaque militant se fait son idée propre.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Sarah Thierry</strong></p>
<p style="text-align: left;">*<em>Etre anticapitaliste aujourd’hui, les défis du NPA</em>, Philippe Pignarre,<br />
les Empêcheurs de penser en rond, Ed. La Découverte, 2009</p>
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