La pilule politique est amère pour les jeunes des quartiers. Après les promesses déçues et dans un contexte social difficile, quelles visions de la politique ces jeunes nourrissent-ils ? Un fil rouge relie la plupart d’entre-deux : ils n'y croient pas. Enquête au Blosne, la ZUP-sud de Rennes, entre février et mars 2012.
À l’ombre des extrêmes
À Rennes, les militants d'extrême gauche taxent Égalité et Réconciliation d'association d'extrême droite. Mais ses membres souhaitent quant à eux mettre en avant la pluralité de leurs profils. Se défendant de tout lien avec le Front national, ils fustigent l'état actuel de la démocratie et critiquent la logique des partis. Nous en avons rencontré une dizaine, dans un café qu'ils ont l'habitude de fréquenter.
Du manifestant au militant
Ils avaient entre 17 et 20 ans lorsque, en 2006, la mobilisation sociale contre le Contrat Première Embauche (CPE) les a bousculés. De la politique, ils ne connaissaient presque rien jusqu’à ce qu’elle s’invite dans les facultés. Au sein des assemblées étudiantes, ils ont redéfini le sens du collectif et de la démocratie qu’ils voulaient. Ce qu’ils n’ont pas tout de suite perçu, c’est l’intensité du changement qui s’opérait en eux, au-delà de la revendication. La mobilisation a façonné leur identité actuelle : des militants continûment engagés dans la lutte.
En campagne !
La Dorée, petite commune de Mayenne ne compte que quelques centaines d’habitants. Dans ce milieu rural, la politique se joue au niveau du canton ou de l’Europe. Si revendication il y a, on s’adresse soit au maire, soit à Bruxelles. À l’évocation de Paris, les jeunes Doréens haussent les épaules, l’air de dire que la capitale n’a pas grand rôle à jouer dans leur quotidien. Plongée au cœur du village mayennais.
L’engagement associatif, la politique autrement
Les jeunes boudent la sphère politique ou syndicale. Ils préfèrent celle du monde associatif. Rencontre avec des bénévoles rennais qui ont décidé de s’engager autrement, loin des luttes partisanes et du jeu électoral.
Gauche marginale : entre humanisme et radicalité
À Rennes, le terrain de l'extrême gauche « désinstitutionnalisée» est complexe. Autonome, hybride, en mutation constante, foisonnant de groupes et collectifs plus ou moins informels, il cristallise les données de l'engagement hors-parti. L'unité parfaite est un euphémisme. Mais le rejet massif du vote, une réalité. Comme l'écrivait l'auteur Christophe Boursiller en 2006 : « Les militants continuent de se méfier comme de la peste de la démocratie bourgeoise. A l'extrême gauche, on ne croit toujours pas dans l'élection ». C'est autour de ce point d'ancrage que se développe l'enquête menée auprès des jeunes interlocuteurs rencontrés, qu'ils soient Indignés, chômeurs en lutte, antifascistes ou anarchistes. Les langues se délient, entre proposition d'un ordre nouveau et virulence à l'égard des opposants.
Les jeunes et la webcampagne : un rendez-vous manqué ?
Sur les sites d’information, dans la presse, on ne parle que d’elle. La webcampagne est "le" phénomène de l’élection présidentielle de 2012. Elle cible en particulier la jeunesse : mais quel est son impact réel quand une majorité de jeunes se désintéressent de la politique et s’informent encore via la télévision ?
Comme papa, ils regardent à gauche
S'il existait un cliché de l'alignement politique des enfants sur celui des parents, la famille Gizard en serait l'illustration. Le père, Xavier, milite au Parti socialiste depuis plusieurs années. Sa femme, bien que non encartée, partage souvent les mêmes idées. De fait, les enfants emboîtent le pas, ce qui ne les empêche pas de se chercher encore. En attendant de brandir, peut-être, le poing et la rose, ils gardent le cœur bien accroché à gauche.
Frédéric Bourcier : « Il ne faut pas assigner les jeunes à résidence »
Face aux revendications émanant des quartiers, Frédéric Bourcier, adjoint au maire de Rennes et élu du quartier du Blosne, fait un constat de la situation économique et sociale de ces jeunes. Il est selon lui indispensable de lutter contre la fracture scolaire pour améliorer leurs chances de réussite, et leur avenir.


